Eduardo Halfon, les racines de la liberté
Depuis Berlin où il vit, Eduardo Halfon propose que l’entretien se fasse en espagnol ou en anglais. Bien qu’il comprenne parfaitement le français. On décide de lui envoyer par mails nos questions en bilingue, auxquelles il répond via WhatsApp par l’oral, qu’il préfère, dit-il, pour la spontanéité. Et il y répond vite, avec une grande disponibilité et ce ton fraternel qui semble constituer la tessiture même de l’espagnol d’outre-Atlantique.
Eduardo Halfon, votre œuvre est composée de recueils de nouvelles ou de romans assez courts. Cette concision ne semble pas liée à votre « souffle d’écrivain » mais plutôt au sentiment chez vous que faire long (y compris dans l’élaboration de la phrase) serait un signe de prétention. Écrivez-vous depuis une forme d’humilité ?
La concision dans mon œuvre a plus à voir avec la technicité, l’ingénierie qu’avec la prétention. Je suis un ingénieur, très ordonné, très systématique, depuis tout petit. J’ai fait des études d’ingénieur, bien sûr, ça a été ma profession. Quand j’écris, mon souhait est de réduire l’histoire à son minimum, pour ne pas faire perdre de temps au lecteur, mais je ne crois pas que ça ait quelque chose à voir avec un manque de prétention, parce que tous les écrivains sont ambitieux, non ? Même si nous ne voulons pas le montrer. Vraiment je crois que chez moi la brièveté et la concision ont plus à voir avec l’ingénierie.
Mais un ingénieur peut construire un château, une cathédrale, un pont autoroutier gigantesque. Vos constructions sont plus minimalistes. Pour le dire autrement, on est plus proche de Satie que de Wagner quand on vous lit. Est-ce dû à votre attention aux détails ?
Mon attention au détail est maniaque, c’est vrai. Je ne sais pas si tous les écrivains sont comme ça, je suppose que oui, je suppose que cela fait partie du métier, du travail, que de prêter une grande attention aux détails. Dans mon cas, je dirais que c’est ce que je fais le plus. Je passe beaucoup de temps sur les détails du langage. Pour poursuivre votre métaphore musicale, je me sens plus proche de la musique de chambre que de la symphonie. Je me sens plus à l’aise dans la brièveté, dans les courtes distances, et dans la petite histoire qui s’ouvre ensuite sur une histoire plus grande. C’est là où je me sens le mieux.
À l’image de Saturne qui reparaît dans une nouvelle traduction, vos livres s’ancrent beaucoup dans des histoires familiales (relation fils-père ici, histoire du grand-père là, de l’oncle dans Deuils…). La famille est-elle une sorte de pelote de laine dont vous tirez le fil, par l’écriture, pour en défaire les nœuds ?
Oui, la famille a toujours été pour moi un point de départ pour ce que j’écris. Depuis Saturne, mon premier livre, j’écris depuis un point de départ familial : père, grand-père, frère, sœur. Mais ça n’est qu’un point de départ. La famille de mes livres n’est pas ma famille, c’est une famille de fiction, à l’image du narrateur de...

