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Jeunesse Les madeleines de Detambel

avril 1994 | Le Matricule des Anges n°8 | par Thierry Guichard

La Lune dans le rectangle du patio

…Trop-se-Mêle gagna un poisson rouge dans un sac en plastique et ma mère un service à café avec son plateau assorti. Dans la voiture, le coin du plateau perça le sac du poisson. » Le reste, la mort du poisson, les larmes, la douleur de l’enfance, est repoussé hors cadre, hors texte.
Régine Detambel a cette intelligence de semer dans le sillon de ses phrases des histoires qui grandissent aussitôt dans l’imagination du lecteur. La Lune dans le rectangle du patio évoque l’enfance d’une petite fille, nouée autour de la disparition de son amie Virginie surnommée Trop-se-Mêle en raison de sa curiosité. Par petites touches, Régine Detambel construit tout un univers d’où déborde l’émotion d’un récit juste. La maîtrise d’une narration funambule qui reste toujours sur le fil de la suggestion nous rive à cette histoire dont on se moquerait presque tant nous émeut ce qui justement n’est pas l’histoire. Ainsi le chapitre intitulé Les Coups où, gentiment, la narratrice énonce les styles différents de son père et de sa mère lorsqu’ils la frappent à coups de pied : « Mes parents cherchaient de préférence à m’atteindre au visage » et plus loin « Ils étaient très fiers de leur adresse exceptionnelle ». Bouts de récits comme ces « pastilles de Vichy, en forme d’hexagone » que suce la jeune enfant et dont les « arêtes me faisaient mal à la langue. » Arrêtons-nous sur cette image ; ce qui fait mal à la « langue » pour celui qui écrit, c’est peut-être l’impossible posture nombriliste, ce sont des souvenirs trop lourds à nommer, c’est l’indicible part obscure où s’est éteinte l’enfance. Alors ces drames innommables, la romancière les met en bouche, les roule sous sa langue et nous les restitue, douces friandises lisses comme des caresses. Mais elle leur laisse tout de même cette ombre légère où se lit le fossile des arêtes, et sur laquelle, nous allons, lecteurs, reconstruire la géométrie originelle. Exemple à nouveau, à propos des néons d’un hôtel : « Des papillons tombaient, et des insectes calcinés. » Mettez le verbe en fin de proposition, vous avez une phrase ; ici, vous avez l’émotion. Ce travail sur la langue c’est le style. Régine Detambel n’en manque pas.

T.G.

La Lune dans le rectangle
du patio
Régine Detambel

Gallimard (Haute enfance)
176 pages, 72 FF

Les madeleines de Detambel Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°8 , avril 1994.