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Poésie Passion nomade

juillet 2003 | Le Matricule des Anges n°45 | par Richard Blin

À bientôt soixante-quinze ans, Alain Jouffroy continue à planter sa tente dans le feu des mots. Un style, un tempérament, un caractère à connaître.

Vies (précédé de) Les Mots et moi

Disciple de Breton autant que dissident par instinct, Alain Jouffroy est de ceux qui osent vivre la tête haute leur individualisme révolutionnaire. Qui le disent et le revendiquent. Prônant le pragmatisme, rejetant le ressentiment comme le « blablabla du populisme », et utilisant l’écriture comme la plus radicale des objections de conscience, il mène combat contre tous les principes de mépris, de profit, de tuerie. Parce que « voir que le noir est noir ne suffit pas à ouvrir l’éclaircie », parce que « les trois monothéismes sont de tristes échoppes », il écrit pour désimbécilliser la vie, lutter contre la « dictature de la Bêtise humaine, que seul le libre jeu des mots peut déjouer ».
Confiant dans la nature profondément « rebelle, zigzagante, ailée, ailante, donc libératrice » des mots, il conçoit la poésie comme une parole qui ouvre tout -et à tout. Ses poèmes défendent la position du vivant, mêlent ce qui advient quotidiennement à la hargne et à l’insoumission, conjuguent l’extrême beauté du désordre à cette forme d’attente du miracle qui est peut-être l’aspiration la plus profonde d’une vie toujours en chantier. Lui qui clame que jamais l’âge adulte n’aura sa peau, qui préfère l’injustice à l’injustesse, l’imprévisible au visible, lui qui affirme ne croire en rien - « Mais ne croire en rien/ C’est aimer/ La danse de l’existence » - sait que vivre consiste à favoriser l’irruption de l’impossible dans le possible. « Soudain quelque chose surgit et agit. Quel que soit le nombre de ceux qui « ci-gissent ». Il faut pisser très haut, disait Rimbaud, au-dessus des héliotropes… »
Comme si la poésie était la seule biographie envisageable, il reconnaît avoir confondu ses colères avec la révolution, s’être déchaîné dans des circonvolutions ou avoir fait de l’imprudence son nord magnétique. Il avoue rêver de « bacchanales de jeunes filles », adorer le bordeaux, jouer aux mots comme aux dés, mais c’est pour mieux nous convaincre de la nécessité de se jeter sur toutes les occasions de jubilation plutôt que de se lamenter sur tous les motifs de désespérance. D’où ces conjonctions de moments et d’hommages, de figures et de trajets, de fulgurances et de confidences qui fondent ces Vies, qui disent les errances passionnées d’un homme qui a toujours eu soif de s’ouvrir et de se donner. Une poésie qui est souffle sur de la braise, dissonance heureuse, abolition des frontières, éloge d’une subjectivité nomade. « Je préfère, quant à moi, marcher tout près de l’eau des torrents. Je préfère, quant à moi, les cyclones aux sécheresses et aux détresses ordinaires. J’erre dans l’ombre des soleils, tel un fantôme parmi les hortensias (…). Je me crois orgasme donc je le suis. Homme-orchestre, j’ose toujours oser (…). Allons, cessons d’endosser l’original péché. Du passé, faisons table rose, avec de la vaisselle en or. Du repas, faisons notre présente oraison et de l’avenir, notre passion sans crucifixion… »
Un recueil où l’on trouve tout ce qui donne du goût à la vie : l’amitié et les voyages, la poésie et le corps, l’admiration et la colère, le non-né et l’à-venir. Un livre où Alain Jouffroy résume sa vision du monde : ouverte et mobile, hédoniste et libertaire, nomade et libertine.

Vies (précédé de) Les Mots et moi
Alain Jouffroy
Gallimard
175 pages, 16,50

Passion nomade Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°45 , juillet 2003.
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