La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
BP 20225, 34004 Montpellier cedex 1
tel 04 67 92 29 33 / fax 09 55 23 29 39
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Vous inscrire sur ce site Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Informations personnelles

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Poésie Fou de poésie

octobre 2004 | Le Matricule des Anges n°57 | par Richard Blin

Hölderlin célébra la liberté et la beauté du monde jusqu’à en perdre la raison. Deux livres évoquent son chemin d’eau, de terre et de silence.

Contemporain de Beethoven, Friedrich Hölderlin est né en 1770. Après des études de théologie, il entre au séminaire de Tübingen où il aura pour condisciples Hegel et Schelling. C’est là qu’ils accueilleront avec enthousiasme la Révolution française et qu’il découvrira sa vocation poétique. En 1796, devenu précepteur chez le banquier Gontard, il tombe amoureux de la mère de ses élèves, Suzanne Gontard, qui a 26 ans comme lui, et qu’il immortalisera sous le nom de Diotima, dans Hypérion. Amour partagé mais impossible, qu’il essayera d’oublier en écrivant une tragédie, Empédocle. Puis vient la période des grandes œuvres poétiques, Odes, Elégies, et Hymnes. En 1802, précepteur des enfants du consul d’Allemagne à Bordeaux, il apprend la mort de Suzanne Gontard et décide de rentrer précipitamment. Son comportement et sa santé se dégradent jusqu’à ce que son langage devienne incompréhensible. Interné puis déclaré incurable, avec trois ans d’espérance de vie, il est recueilli par un menuisier, Zimmer, qui prendra soin de lui jusqu’à sa mort, trente-six ans plus tard.
Les Poèmes fluviaux choisis par Nicolas Waquet datent des années 1800-1806 et s’ouvrent sur une scène initiatique qui le montre soudain happé par la toute-puissance sacrée du fleuve. « Dans les reflets du soir/ Etait le fleuve. Un sentiment sacré/ Frémit dans tout mon cœur ; et soudain je ne plaisantai plus,/ Soudain je fus plus grave, loin de nos jeux d’enfants.// Frémissant je murmurai : il faut prier ! » Dès lors le fleuve va cristalliser l’activité créatrice et symboliser la force qui fertilise. Sorte d’allégorie du destin poétique, il est à l’image d’une parole voulue aussi limpide et fluide que l’élément fuyant. D’ailleurs, si le vocabulaire qu’utilise Hölderlin est étonnamment simple, c’est qu’il aspire à une forme de transparence digne de la beauté et de l’harmonie de la Grèce mythique. Car le fleuve n’est qu’un prétexte pour évoquer cette patrie perdue, le temps béni de l’âge d’or, quand dieux et hommes vivaient en symbiose. Les odes au Neckar et au Main, les hymnes au Rhin ou au Danube ne sont que l’occasion d’opposer le monde de l’ici et du maintenant au là-bas et à l’autrefois d’un monde solaire rayonnant de beauté plastique et d’équilibre. Dialoguant constamment avec l’Antiquité chaque poème chante l’invisible présence des forces divines dans la nature. Tout le génie de Hölderlin tient dans sa capacité à donner de « l’être » à ce qu’il évoque. Qu’il dise soleil ou forêt et le soleil et la forêt sont mystérieusement là, vibrant de tout ce qui les met en relation avec les forces qui assurent l’harmonie du monde. Aspirant au retour du divin disparu, Hölderlin savait son ambition immensément insensée. Il la paiera au prix du silence et de la folie.
Une folie qui renvoie aussi au Tout ou rien de la passion romantique. Lorsqu’il quitte Bordeaux, après avoir appris la mort de celle qu’il aimait, il va bien. Lorsqu’il arrive chez sa mère, début juillet, il n’est plus le même, « au point qu’elle confia que son fils était devenu fou ». C’est cette longue marche qu’évoque Dans le temps qu’il marchait, long poème narratif faisant suite à un émouvant portrait titré « Il parlait du jour par-dessus les nuages ». Suivant la pente de sa sensibilité fraternelle, Michèle Desbordes épouse le mouvement même de la marche d’un homme devenu une énigme vivante. Elle l’accompagne, horizon après horizon, dans sa marche éclairée par instants par le souvenir de l’amour, cette lumière des lumières, dans un monde où la part de l’ombre va croissant. Hölderlin marche dans la géographie de sa souffrance, dans la musique des blancs qui rythment la page. Des mots qui font sillage à celui qui s’avance comme on se risque, entre l’écho d’amères désillusions et le bord de cette invisible frontière où vient battre tout l’inutile du monde. « Mots et mots et tout ce qui gisait par le dessous cette frontière-là n’en était qu’une parmi d’autres/ Un pont rien d’autre un pont à franchir Ne pas/ franchir ».

Poèmes fluviaux, de Friedrich Hölderlin
Anthologie traduite de l’allemand par Nicolas Waquet
Laurence Teper éditions, 175 pages, 15

Dans le temps qu’il marchait, de Michèle Desbordes
Laurence Teper éditions, 55 pages, 8

Fou de poésie Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°57 , octobre 2004.
LMDA papier n°57 - 6.50
LMDA PDF n°57 - 4.00