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Poésie La splendeur obsédante

février 2005 | Le Matricule des Anges n°60 | par Richard Blin

Le portrait de Pierre Jean Jouve par Franck Venaille apporte un supplément d’éclairage à l’œuvre d’un poète écartelé entre passion charnelle et matière céleste.

Pierre Jean Jouve, l’homme grave

Que le nom de Pierre Jean Jouve apparaisse de nouveau sur la couverture d’un livre, est un petit miracle qu’il nous faut saluer tant son œuvre peine encore à trouver sa juste place dans notre paysage poétique. Et que cette lecture amoureuse, selon le principe cher à la collection Jean-Michel Place/Poésie un court essai beaucoup plus proche de la célébration inspirée que de la thèse professorale soit signée Franck Venaille, est un plaisir supplémentaire. Poète lui-même, écorché vif qui sait le tragique du destin et n’ignore rien de ce qui noue la culpabilité à l’érotisme, Franck Venaille, dont l’œuvre brûle feu noir sur feu blanc d’un âpre lyrisme, rend ici hommage à celui qui l’a aidé à vivre en l’empêchant de trop douter, « de la poésie. De la vie. Du regard à porter sur nos fautes communes ».
Sulfureuse, tendue, blessée, contradictoire, mêlant les plus noires jouissances aux plus sourdes angoisses, l’œuvre de Pierre Jean Jouve, est celle d’un homme aussi secret qu’intransigeant, (né en 1887, à Arras, mort en 1976 à Paris), et que ses lectures de Baudelaire, de Nerval, de Catherine de Sienne ou de Thérèse d’Avila, ont profondément marqué. Charnelle en ses assises, spirituelle en ses excès, sa poésie a la clarté d’une langue scintillant dans l’obscurité du désir. C’est le verbe en sa livrée sensible, c’est l’éros cherchant sa sublimation entre blasphème et communion.
Homme d’une extrême exigence, il conçoit l’écriture comme une éthique, allant jusqu’à renier, en 1924, toute son œuvre antérieure, au profit d’une approche autre du poème. Désormais la langue poétique se justifiera comme chant et le poème ne se trouvera validé que dans une « perspective religieuse seule réponse au néant du temps ». Rejet, rupture, sacrifice signant l’acte d’allégeance à une nouvelle façon d’écrire et inaugurant une nouvelle vie. Mariage, enfant, écrits, Jouve renie tout, après avoir découvert la psychanalyse et rencontré Blanche Reverchon (avec qui il traduira les Trois essais sur la théorie de la sexualité de Freud), et qui deviendra sa nouvelle épouse.
Née des amours du vieux remords chrétien et de la jeune science des rêves, l’œuvre est dès lors hantée par l’opposition polaire et fondatrice entre enfer et paradis, innocence et fougue obscène. « Sa poésie est toujours un témoignage, non pas sur la souffrance, mais bien sur le plaisir qui l’a précédée », écrit Franck Venaille. « Oui, Jouve ne fait qu’écrire cela, l’histoire d’un long conflit entre deux forces dominatrices : la mort et le sexe. »
« Le village classique/ la jambe nue superbe/ À mi-hauteur des vallées vertes laborieuses/ Et des monts bleus lieux de tous les rayons/ et l’homme et le taureau/ pour elle, et sont d’accord/ Les brutes de lumière ces arbres châtaigniers,/ Les feuilles qu’il contient comme encore des cheveux/ À l’intérieur de ses maisons plates et peintes/ Rassemblées par l’église/ et sa voix enrouée de gorge et ses fichus/ monte sur moi, dit-elle, mais en bas/ C’est un bel éventail de poil et rayons gras/ Après midi, qui fait la fraîcheur religieuse. »
Une écriture poétique Moires, Ténèbre, Diadème, Noces, Sueur de sang, Matière céleste… qui sollicite son lecteur au plus intime, a besoin de son adhésion, exige de lui qu’il l’aborde avec tout ce qu’il est, tout ce qu’il sait d’expérience et d’instinct. Une poésie à investir amoureusement, ne serait-ce que parce que les forces qui la travaillent nous concernent tous, depuis les tourments de notre âme souterraine jusqu’à ces instants de grâce que nous devons au sexe.
L’inavouable, l’éros toujours blessé par la mort, le péché originel, la culpabilité, la puissance d’adoration tapie au fond de tout amour, Pierre Jean Jouve leur offre et leur ouvre le théâtre rougeoyant de ses poèmes et de ses romans. Paulina 80, Hécate, Vagadu, Le Monde désert, La Scène capitale. Et à travers chacune de ses héroïnes Paulina, Catherine Crachat, Baladine, Hélène c’est un hommage à la femme, qui est rendu : à l’ardente comme à l’odorante, à l’enchanteresse, qui sait si bien faire graviter le monde autour d’elle, comme à la tentatrice, qui séduit, dévoie, dévore. Ode aux femmes et à « ce qui dans leur chair nacrée chastement sourit de la/ mort ». Car ces femmes sont des femmes fatales, « Ces femmes soyeuses des théâtres d’argent/ Non, spirales de péché, mannequins d’acier/ Mon Dieu, posent sur moi des yeux charnels :/ Quand elles ont brisé leur étoffe de verre/ Elles mangent les cœurs ». (Les Noces)
Pierre Jean Jouve croyait à la connaissance par l’érotique. Il ne cessera d’en décliner les effets, la puissance et les ravages, persuadé, comme Baudelaire que « la volupté unique et suprême de l’amour gît dans la certitude de faire le mal ». L’amour, la mort, le feu du ciel, la splendeur et l’audace, tout Jouve s’y résume. Comme cette façon de dédier un de ses livres (Beaux masques) « à la jeune fille en robe de soierie qui venait me voir après le bal, et dont sous le falbala, je branlais le chat roux et obscène ».

* Europe consacre son numéro de novembre-décembre 2004 à Pierre Jean Jouve (332 pages, 18,30 )
Pierre Jean Jouve, l’homme grave
Franck Venaille
Jean-Michel Place/Poésie
128 pages, 11

La splendeur obsédante Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°60 , février 2005.
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