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Histoire littéraire Sacré Bloy

février 2005 | Le Matricule des Anges n°60 | par Thierry Guinhut

Virulent prophète de l’Absolu, il cherchait « la face de Dieu dans les ténèbres ». Réédition de ses deux romans, flot conséquent de diatribes endiablées.

La figure de Marchenoir, masque sombre et transparent de l’auteur, unit les deux romans essentiels et jusque-là épuisés du grand polémiste de la fin du XIXe siècle. Ce n’est pas la seule clef. Les hommes de lettres ont craint d’y trouver les portraits à l’acide de Maupassant, de Daudet et de plumitifs oubliés. C’est ainsi que Le Désespéré, premier roman publié en 1886, se conquit une réputation sulfureuse, malgré la conspiration du silence. De même, La Femme pauvre offre une dimension autobiographique et une chronique de la « chiennerie contemporaine » où l’on devine Huysmans ou Villiers de l’Isle-Adam. Hors le plaisir de démasquer les protagonistes (que révèle obligeamment l’éditeur en fin de volume) il n’en reste pas moins que le lecteur d’aujourd’hui trouvera son compte dans la redécouverte d’un furieux imprécateur.
Certes, Léon Bloy (1846-1917) serait aujourd’hui plus inactuel encore : son faciès tourmenté de « chrétien des catacombes » peut absolument nous indisposer. Mais, outre qu’il rêve de rétablir une foi aussi brute que pure, il attaque à boulets rouges la société de l’époque. Le « désespéré » Caïn Marchenoir souffre d’une inadaptation chronique. Accablé par la misère, visité par un ardent mysticisme, il vit avec Véronique, prostituée sauvée (l’Anne-Marie Roulé de Bloy), persuadée de l’imminence de la Fin des Temps, jusqu’à la folie… Accueilli dans la Grande Chartreuse, puis de retour à Paris avec celle qui a défiguré sa beauté, il fait scandale lors d’un dîner littéraire. Le destin de Marchenoir est moins le prétexte d’un périple romanesque que d’un fleuve de digressions, sur l’Histoire universelle relue dans la perspective des Écritures, sur l’art sacré… Tout cela dans un climat de tourments intérieurs gonflés jusqu’à l’insupportable. Expressionnisme avant la lettre ou exhibitionnisme délirant ? Reste le style : fabuleux. Céline s’en serait inspiré. « De l’ignominie du christianisme naissant à l’ignominie du Catholicisme expirant » en passant par l’ « adhésion gastrique et abdominale à la plus répugnante boue devant la face des puissants du siècle », chaque page déferle sous les imprécations. Quelque complicité qu’on ait ou non avec les thèses de Bloy, avec la bassesse de ses satires ad hominem, avec son antisémitisme, il reste un indépassable pamphlétaire.
Malgré son échec, la réputation du Désespéré fit trop d’ombre au reste de l’œuvre. Bloy lui-même regretta qu’on lut moins son étonnante Exégèse des lieux communs, ses Histoires désobligeantes, le mea culpa de son Salut par les Juifs, qu’on oublie son Je m’accuse, écho du texte d’un Zola traité de « crétin des Pyrénées » et « d’insulteur de Dieu » (d’ailleurs judicieusement réédité par un éditeur discret : La Chasse au Snark). Heureusement, La Femme pauvre, qui faillit s’intituler « La Désespérée » ou « La Prostituée », publié en 1897, fut parfois considéré comme son chef-d’œuvre. Qu’on en juge, avec un tel incipit : « - Ça pue le bon Dieu, ici ! »
On retrouve Marchenoir écrivain et « grand Inquisiteur de France », cette fois avec Clotilde, inspirée d’une maîtresse de l’auteur, et bientôt, suite à sa mort, remplacé par Léopold. C’est une odyssée de la pauvreté, traversée par la fulgurance du ton prophétique, par l’image symbolique de ce feu qui tue l’homme dans un incendie, quand la femme se change en fournaise spirituelle. À force de dénuement, elle devient pureté. Pour nombre de lecteurs, le message de Bloy paraîtra réactionnaire. Mais, du sublime au scatologique, quelle écriture ! La haine de son temps pousse cet « entrepreneur de démolitions » dangereusement persuadé de son absolue vérité à vomir des invectives contre Wagner, la peinture, l’argent, le progrès et « l’auge à cochons d’une sagesse bourgeoise ». Tout ce qui n’est pas saint ne mérite que son mépris. Finalement, même si seuls le relief des personnages, la force de la narration et la puissance du style (excusez du peu) le sauvent de son intransigeance, nous sommes impressionnés par Léon Bloy.

Léon Bloy
Le Désespéré
480 pages, 18
La Femme pauvre
446 pages, 18
La Part commune

Sacré Bloy Par Thierry Guinhut
Le Matricule des Anges n°60 , février 2005.
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