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Poches Sortie d’enfer

avril 2009 | Le Matricule des Anges n°102 | par Thierry Cecille

Homme en sursis, Malcom Lowry, une fois encore, dans un Mexique halluciné, entre whisky et mescal, affronte ses volcans.

Sombre comme la tombe où repose mon ami

Ce pourrait être un voyage de noces, une lune de miel retardée (le couple est marié depuis plusieurs années) et prolongée (la chronologie est floue, chaotique, mais on voit les mois se succéder) pour les Wilderness : dès l’abord, l’enthousiaste et quelque peu candide Primrose se réjouit de suivre son époux sur les traces de son passé. Ce Mexique hanté de visions et de présences, qu’elle va maintenant parcourir, elle l’a découvert naguère dans le roman que Sigbjörn a écrit, avec peine, accumulant les versions - et qu’il désespère désormais de voir édité. Mais c’est sans compter avec une sorte de malédiction - charnelle et spirituelle à la fois, métaphysique et intime - qui semble s’attacher à ces lieux : progressivement ils perdront pied, il l’entraînera, verre après verre, bouteille après bouteille, dans la désescalade et une sorte de contagieuse inaptitude à vivre.
Fascinant de sensualité et de rudesse.
C’est en 1945 que Malcom Lowry effectue, avec sa femme, un semblable voyage, alors qu’il y a près de dix ans qu’il a écrit Sous le volcan (si l’on choisit la superbe traduction de Jacques Darras - Grasset, 1987) mais qu’il ne parvient pas à s’en détacher. Nous avons donc ici une entreprise assez particulière : autofiction fortement alcoolisée, « para-roman » s’entortillant comme une liane tropicale autour du précédent. Comme l’indique Maurice Nadeau dans sa préface (il fut le premier à éditer, en 1970, cette œuvre laissée inachevée par Lowry à sa mort en 1957, à 48 ans seulement), c’est un peu comme si nous lisions un Jean Santeuil qui, curieusement, aurait suivi et non précédé la Recherche ! Cependant, si la connaissance de Sous le volcan ne peut que donner une amplitude plus grande à notre lecture, puisque ces deux œuvres sont, l’une pour l’autre, comme des chambres d’échos, ces longs chapitres touffus se suffisent à eux-mêmes, nous proposent une odyssée bouleversante, une exploration de ce monde terrifiant que peut être la création. Les monologues - le héros, « vieux fabricant de tragédies », souffre d’un « besoin immodéré de justification » - approchent au plus près le désespoir combatif et l’ivresse, complice et adversaire, alternativement, en une sorte de magie noire qui « rehausse le sens métaphysique de l’homme » (William James dixit !). « Echos répercutés de la mémoire, au milieu d’une salle de bar comme celle-ci, réveillant les voix, les bouffées de musique que le vent du délire balaye jusqu’au buveur esseulé, voix et musiques imaginaires et pourtant vraies, chuintement et clapotements, défaillantes marimbas de la misère à Oaxaca, bruits mats du bois, aigus du métal, le tout mêlé à ce muet chuchotis, qui est en même temps un vrai brouhaha au loin, ou aux grommellements de la conscience coupable et du remords… »
C’est bien « le souffle tourbillonnaire la destruction de soi » qui enveloppe les déambulations hasardeuses des personnages dans ce qui s’apparente à un dantesque « flight into darkness » (titre de Schnitzler que le héros transporte dans ses bagages !). Les descriptions nous font découvrir un Mexique fascinant de sensualité et de rudesse, avec son odeur « à lui familière, d’essence, d’excréments et d’oranges » et ses crépuscules parcourus de « vautours insomniaques ». Le soleil frappe, assomme parfois. Les horizons sont vastes, « l’illimité au-delà de l’illimité, des chaînes au-delà de chaînes (…) une formidable houle assourdissante, en crescendo, de toutes les vastes mers et prairies intérieures, intarissables, démesurées » - mais les souvenirs, les fantasmes et la honte emprisonnent. Quant aux volcans, proches et lointains, dieux magnifiques trônant au-dessus des humains misérables, ils veillent et menacent à la fois.

Sombre comme la tombe où repose mon ami
de Malcom Lowry - Traduit de l’anglais par Clarisse Francillon, Points, 297 pages, 10

Sortie d’enfer Par Thierry Cecille
Le Matricule des Anges n°102 , avril 2009.
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