La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
BP 20225, 34004 Montpellier cedex 1
tel 04 67 92 29 33 / fax 09 55 23 29 39
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Vous inscrire sur ce site Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Informations personnelles

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Poésie Formule magique

novembre 2009 | Le Matricule des Anges n°108 | par Richard Blin

Le nouveau livre de Gérard Macé marie les rimes assourdies du monde et de la mémoire aux illusions des prestidigitateurs.

Promesse, tour et prestige

Il y a un ton Macé, une manière et une présence dont témoigne une œuvre forte aujourd’hui d’une trentaine de titres qui sont autant d’interrogations et de rêveries sur les lieux, les signes et les images. Une œuvre qui prend en écharpe tous les genres, se décline en biographies imaginaires, proses poétiques, essais, photographies et s’écrit dans la fidélité à une conception de la littérature comme mémoire de la mémoire et lieu de réminiscence où s’inventent des pensées nouvelles. Une façon de réinscrire dans le présent une parole des origines, de marier l’illustre et le minuscule, de mettre la lecture au centre du processus créateur, de voyager dans les contrées silencieuses et ensommeillées de la mémoire ou les eaux lentes de l’endormissement où macère la fleur du rêve, celle qui fait du poète un « gisant qui se souvient de ses rêves / et dans leur eau troublée voit s’épanouir / un poème en forme de lotus ».
C’est justement un ensemble de poèmes et de proses poétiques qui paraît aujourd’hui, parallèlement à quarante pages d’un manuscrit en cours, Pensées simples, (dans le numéro d’octobre de la Nouvelle Revue Française), et à la publication de deux essais consacrés à son œuvre : Gérard Macé, l’invention de la mémoire, par Laurent Demanze, chez José Corti - L. Demanze à qui l’on doit déjà Encres orphelines (Bergounioux, Macé, Michon) - et L’Œuvre de Gérard Macé, par Karine Gros, aux éditions Nota Bene à Montréal.
Promesse, tour et prestige, donc, les trois moments des tours de magie qui « reviennent plusieurs fois par jour, même à notre insu, chaque fois que la réalité à portée de main devient une illusion, chaque fois que nous la retrouvons auréolée par sa perte, ou lestée par le temps qui s’est déposé en elle ». Incessante oscillation de la perte et des retrouvailles, entrelacement de souvenirs de lecture et de souvenirs intimes, entrecroisement de nouvelles d’ici et d’échos d’ailleurs, le poème se fait théâtre d’ombres et de mémoire, scène où mots et merveilles cristallisent en images, échos et présences. Rapatriant l’invisible dans le visible, le lointain dans le proche et le profond à la surface, la poésie relève d’une « magie sans accessoire », d’une « jonglerie sans rien ». Il suffit de prendre conscience de la fécondité des analogies ou des secrètes correspondances qui unissent, par exemple, « la musique et les cristaux, / les masques et les papillons dévorés par de grands yeux, / le morse et la lumière intermittente de l’univers », pages lues et choses vues, pour que les rôles s’échangent, que les identités se troublent et que les tourbillons de la ressemblance nous entraînent dans le double fond du temps et des apparences. Ainsi « le balai de la sorcière // et le cheval de bois que chevauche un enfant : / le rapprochement à lui seul est un tour de magie, / qui donne à la vieille le don d’ubiquité, / au gamin la toute puissance de l’illusion ». Comme tient de la magie « l’apesanteur où naît la poésie, quand la touche / enfoncée du souvenir se remet à vibrer », ce qui d’un sens peut passer dans un autre, ou encore ce qui nous emporte dans le vertige d’un chant enneigé de désir.
Tour de passe-passe de la mémoire, leurres et faux-semblants, « la poésie exagère, mais elle dissipe aussi les illusions ». En donnant à voir le déploiement de l’imaginaire à partir du réel, en montrant toute l’étrangeté du familier, en ouvrant la porte des chambres interdites… Alors même si « pour écrire un seul vers, // il faut se souvenir de cent ans de sommeil / et des vies qui précédèrent », et même si la poésie n’est qu’ « un filet de voix dans le tumulte du monde », il faut saluer ceux qui, comme Gérard Macé, entretiennent encore cet invisible foyer de douceur amère, nourrissent toujours ce reste énigmatique et fascinant dont le secret échappe mais dont la magie nous enchante.

Promesse, tour et prestige
de Gérard Macé, Gallimard, 88 pages, 12

Formule magique Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°108 , novembre 2009.
LMDA papier n°108 - 6.50
LMDA PDF n°108 - 4.00