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Poésie L’enfant du silence

mars 2010 | Le Matricule des Anges n°111 | par Thierry Guichard

D’une histoire attachante où s’entend la voix fragile d’un fils mal-aimé, Jean-Pierre Spilmont parvient à faire le roman de toute une enfance meurtrie. Poignant.

Certains livres semblent avoir été écrits sous la protection de la grâce. C’était le cas, par exemple, du très sensible Leur histoire de Dominique Mainard. C’est, dans un registre légèrement différent, celui aussi de Sébastien, quatrième roman du poète et dramaturge Jean-Pierre Spilmont. Tout y est et rien n’est en trop dans cette narration équilibrée au plus juste, fragile comme l’enfance qu’elle évoque. D’une fluidité limpide, le roman déroule le calvaire d’un gamin marqué au sceau du désamour : « je crois que c’est au début du mois de mai, cette année-là, que ç’a commencé à mal finir. » Écrite en mode « caméra subjective », on suit donc Sébastien au plus près, dans cette langue dont la naïveté n’est qu’une pudeur. Puisqu’il fait partie, selon la directrice de son école, des « enfants qui ne fonctionnent pas bien à l’école », il est placé avec l’accord de ses parents démissionnaires aux « Étangs » non loin d’où habitent ses grands-parents chez qui il trouvera refuge durant les vacances et les week-ends. Autrement dit : il doit quitter ses parents pour qui « le maga- sin Lefrançois-Sports » qu’ils ont ouvert importe plus que leur fils. La violence de cet exil imposé, Spilmont lui donne toute sa force en la laissant deviner dans les propos rapportés par Sébastien. Engoncés dans leur vie étriquée, les parents transpirent de lâcheté face à toutes les autorités (directrice d’école, psy, éducateur) mais plus encore face à leur fils auquel ils promettent un bonheur qu’ils ne lui permettront pas d’avoir. Sébastien est un paquet encombrant qu’on abandonne au bord de la route. « On n’avait qu’à se dire au revoir ici. Ils m’ont embrassé et souhaité bon courage, puis ils ont traversé le couloir sans se retourner. Je me suis assis sur le lit. J’ai pleuré puisque personne ne me voyait. »
Sébastien n’est pas différent des autres gamins accueillis aux Étangs : enfants rejetés, boules de violence et de solitude, fruits d’un désa- mour dont ils sont devenus la preuve gênante. Il n’est pas si différent de Dubochel auquel il va s’attacher, grand frère d’adoption qui fume des maïs-filtres en cachette.
On pense forcément au Gogol de Daniel Zimmermann auquel Sébastien est dédié : l’enfance incomprise par ceux-là même chargés de la comprendre, l’ordre hiérarchique qu’on oppose aux désordres émotionnels des élèves…
On pensera aussi à la trilogie de Serge Pérez inaugurée par Les Oreilles en pointe où l’on assistait douloureusement à la détresse du petit Raymond que seul un boulanger comprenait et sauvait, chaque jeudi, en l’entraînant dans ses tournées. Ici, aussi, pense-t-on, Sébas- tien trouve son soleil, son réconfort, dans la figure du grand-père chez lequel il se rend les dimanches et lors des vacances. Moments de complicité et de compréhension sans trop de phrases qui font de brèves oasis dans le désert rude des semaines : « On ne s’était encore pas dit un mot. On s’était juste fait les gestes importants. »
La simplicité du langage vise à une justesse de ton sans quoi le livre ne tiendrait pas. Épaulé en cela par un travail éditorial délicat, le récit va prendre une dimension supplémentaire à l’issue d’un voyage en train que Sébastien va effectuer avec son grand-père, ancien combattant d’Algérie : ils vont retrouver ses camarades de régiment, dans une cérémonie qui révèlera cruellement l’origine secrète du mal être de Sébastien. On n’en dira rien, le lecteur est conduit seul à faire le chemin vers la révélation finale. On dira juste qu’avec ça, ce non-dit pesant que l’auteur dévoile, le roman atteint le point d’orgue à partir duquel le singulier devient universel. Et le lecteur, entraîné sans retenue par la fluidité de la prose, refermera le livre avec le sentiment de refermer cent mille tombeaux.

Sébastien de Jean-Pierre Spilmont
La Fosse aux ours, 139 pages, 16

L’enfant du silence Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°111 , mars 2010.
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