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Poésie Un doux concassage

juillet 2010 | Le Matricule des Anges n°115 | par Emmanuel Laugier

Avec cette anthologie de Robert Creeley, disparu en 2005 (à 79 ans), se découvre un pan majeur, tourné vers la grâce du quotidien, de la poésie américaine.

Là, Poèmes 1968-1975

Compagnon de route de l’une des aventures les plus riches de la poésie américaine post-objectiviste, celle du groupe de recherches Black Montain dont il dirigea la revue entre 1954 et 1957 et où se rassemblèrent, aux côtés de son recteur, le poète Charles Olson, Robert Duncan, John Cage, Robert Rauschenberg, Merce Cunningham, Robert Creeley semble pourtant n’appartenir à aucune école. Son style, très vite reconnaissable par la précision de compositions aux apparences légères, superficielles ou tautologiques, est un mélange savant entre la perception littérale de faits, les mémoires que chacun possède, et les questions inaltérables du passage du temps, de la disparition et de la mort. Il n’est donc pas si étrange de le voir revenir vers l’énergie du désir, vers l’être aimé, mais aussi vers des fantasmes « accordés, (à) de gros nichons/massifs », par exemple, ou vers la transcription de simples constats déceptifs : « Tu n’as/pas baisé depuis des mois maintenant/dehors ». La force de ces trois vers se concentrant sur le final « dehors », dont on se demande bien s’il signifie l’adultère souhaité ou, plus essentiellement, la place de son fantasme, voire la nomination d’une « zone non dirigeante », selon les mots de Blanchot, à travers laquelle tout s’efface (y compris le désir), pour renaître face au presque rien.
De l’infra-ordinaire à la sphère méditative.
C’est à partir de ce genre d’apories existentielles que Robert Creeley écrit le contact si spécifique qu’il entretient avec le réel, autant dire avec n’importe quelle chose entrée dans le champ de son existence. Les exemples qu’il donne de faits de vie communs, conséquemment dépersonnalisés, foisonnent : d’une suite de poèmes sur la représentation des chiffres (de 1 à 0), au portrait quasi photographique d’une femme croisée sur une plage. Parmi les sept livres ici traduits et publiés entre 1968 et 1975, citons par exemple ce que Pieces dit d’une « voiture toussant (qui) se déplace par/à-coups énergétiques vers l’avant », voire signale par l’injonction d’un impératif : « Assieds-toi. Mange/un beignet. » ; quand au contraire dans Mabel : A Story…, « La fin » d’une expérience se trouve nommée deux fois à travers une énigmatique sentence : «  Ma belle,// la paix du cœur/passe/dans la terre ». Si apparemment il peut nous sembler qu’entre un beignet et l’idée de pacification il y ait un monde, Creeley nous démontre pourtant quels liens, indissociables, doivent être sentis et pensés entre eux. C’est toute la force de cette poésie, à la fermeté sèche (dizains, tercets, brèves strophes…), que de ne pas séparer le tout-venant du monde des multiples régimes d’énonciations que le langage crée et forme. Le lien et la longue correspondance que Creeley eut avec l’un des premiers poètes objectivistes, William Carlos Williams, ne sont pas ainsi anodins, tant se révèle chez lui, dans l’audace avec laquelle il jette en somme l’éponge de la métaphore, de l’ellipse, la recherche d’une confrontation sans hiérarchie, parfois nonchalante, avec toutes sortes d’expériences.
On aurait ainsi tort de voir en Creeley un poète conceptuel, ou performatif. Bien au contraire, Creeley travaille en faux naïf le fait sensible, de l’infra-ordinaire à la sphère méditative, jusqu’à entrecroiser ce qui ne se vend pas, ce qui est non-monnayable, à la mondialisation financière. Ainsi le poème « L’acte d’amour » : « Quoique constitue/l’acte d’amour,/ outre la collision// physique, tu/m’es chère,/ cette valeur pas// celle des banques -/ ce sens a/sa propre fermeté, sec// parfois comme le sable,/ les arbres aussi,/ lourds// de pluie. Comment va-t-// elle, cette soi-/disant personne,// l’articuler ? ».

Là, poèmes 1968/1975 de Robert Creeley
Traduit de l’anglais (états-Unis) par Martin Richet
Éditions Héros-Limite, 192 pages, 20

Un doux concassage Par Emmanuel Laugier
Le Matricule des Anges n°115 , juillet 2010.
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