Un matin d’octobre 2008, le narrateur de Ma vie à Saint-Domingue télécharge tous les ouvrages susceptibles d’étayer ses recherches sur un certain Déguénou : mémoires, récits d’explorateurs et études d’anciens administrateurs coloniaux. Capturé au Bénin, marqué du sceau de la Compagnie des Indes Occidentales, Déguénou est embarqué pour être vendu comme esclave non loin du Cap-Français, à la plantation Bréda. Là même où, en mai 1743, naquit l’un des leaders les plus charismatiques de la lutte contre les préjugés raciaux : son fils Toussaint Louverture. Fort de cette ascendance éclairante, le lecteur peut s’élancer sur les traces de celui qui, après avoir « soulevé la barrière qui enfermait le peuple noir dans la servitude », fut trahi par Napoléon, déporté et emprisonné dans le cachot d’une forteresse jurassienne. Et, comme Jean-Jacques Salgon, refuser le sort « qui fut longtemps fait à sa mémoire et plus largement à tout ce qui unit par le passé la France à sa colonie de Saint-Domingue ».
Parce qu’il n’est ni historien ni biographe, Jean-Jacques Salgon assemble des séquences narratives hétérogènes dont les raccords s’imposent à rebours. Ainsi, le récit d’une visite au musée du Nouveau Monde de La Rochelle, celui d’un dîner à Yamoussoukro au cours duquel une agrégée de lettres « grassouillette et enjouée » exhibe son racisme ordinaire et, entre autres, des souvenirs relatifs à Mai 68, jouxtent de nombreux épisodes de la vie militaire et politique de Toussaint Louverture. Au gré de subtiles correspondances, Ma vie à Saint-Domingue rappelle que, aujourd’hui comme hier, d’aucuns s’obstinent à croire qu’il existe une « aristocratie de la peau ».
Ma vie à Saint-Domingue célèbre de façon savante le legs de l’une des figures fondatrices de l’abolitionnisme : Toussaint Louverture. Qu’est-ce qui a présidé à la genèse de ce choix ?
Ce livre est la suite d’une longue histoire. En 1971, je suis allé à la Cartoucherie de Vincennes voir 1789, le dernier spectacle du Théâtre du Soleil consacré à la Révolution française. Une comédienne qui racontait les événements de Saint-Domingue cita le nom de Toussaint Louverture. Ce nom si particulier s’est alors gravé dans ma mémoire. Puis la vie a voulu que je séjourne deux ans en Côte d’Ivoire, à Yamoussoukro. Ensuite, le hasard m’a conduit à La Rochelle où j’ai exercé une bonne partie de ma carrière d’enseignant, une ville marquée par des liens forts avec l’économie des plantations et le trafic des esclaves. Enfin, mon texte consacré au peintre noir américain Jean-Michel Basquiat, dont le père était Haïtien, m’a rapproché d’Haïti. J’ai eu envie de rassembler tous ces fils dans Ma vie à Saint-Domingue.
Dès les premières lignes, le lecteur est projeté en République du Bénin, pays des origines paternelles de Toussaint Louverture. Tu ne connaîtras jamais les Mayas (L’Escampette, 2000) retraçait déjà vos séjours en Ethiopie, au Mali. L’Afrique noire serait-elle chez vous l’objet...
Entretiens L’île des affranchis
février 2011 | Le Matricule des Anges n°120
| par
Jérôme Goude
À travers le récit fragmentaire du destin de Toussaint Louverture, parangon de l’insurrection des esclaves de Saint-Domingue, Jean-Jacques Salgon dévoile un pan du western colonial français.
Un livre
