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Domaine étranger Le parfum du temps

juin 2011 | Le Matricule des Anges n°124 | par Etienne Leterrier-Grimal

En dix nouvelles, Angel Vazquez, prix Planeta en 1962, dresse le tableau ravi d’un monde en disparition.

L' Homme qui avait été amoureux de Bette Davis

On pourrait imaginer un roman fixé dans la gélatine de ces photos en noir et blanc des années 50. « Vieux souvenirs, celluloïd momifié », où les visages et les occasions ne demanderaient qu’à être racontés. On trouverait ainsi, côte à côte, un inconnu amoureux d’une star d’Hollywood, des portraits de femmes de Tanger, au regard inquiet. Des jardins finzi-continiens à l‘exotisme mystérieux au fond desquels sommeilleraient des villas désertées durant l’été. Un chat et des oiseaux, des enfants rieurs, revêtus pour l’occasion de petits costumes, modèles parfaits pour un Gainsborough d’après-guerre.
C’est à cet album de photographies un peu surannées que l’auteur tangérois de langue espagnole Angel Vazquez, né en 1929, donne vie dans les nouvelles de L’Homme qui avait été amoureux de Bette Davis. Un ensemble d’une remarquable homogénéité, après la publication de La Chienne de vie de Juanita Narboni en 2009, monologue d’une femme tangéroise qui parvenait à dépeindre, au-delà d’un destin individuel, toute la singularité d’une ville. On trouve d’ailleurs, dans la nouvelle intitulée « Rhuma- tisme », comme un écho de Juanita Narboni : fragilité intérieure d’une femme se réveillant le jour de ses 40 ans, aux côtés d’un mari qui en a dix de moins.
En alternant drôlerie, cruauté, et nostalgie, l’ensemble de ces nouvelles dépeint les menus plaisirs et les désarrois qui accompagnent les rituels de ces représentants de la petite bourgeoisie de Tanger-la-cosmopolite en ces années qui précèdent son rattachement au royaume du Maroc. L’écriture d’Angel Vazquez, souvent, fait de son évocation de la Tanger coloniale celle d’un Age d’or, par petites touches, dans une remarquable économie d’action et de mouvements. Ce mélange entre réalisme psychologique et impressionnisme constitue d’ailleurs la signature d’un auteur profondément sensible et pour qui l’écriture a moins d’affinité avec le véritable récit, qu’avec l’évocation sensuelle d’un monde encore tout imprégné d’innocence.
Bien souvent dans le Maroc de Vazquez, les parfums, les couleurs et les sons se répondent : les cris du soir appelant le sereno, le parfum du tabac des hommes, les jupes rouges, une rengaine de Sinatra, l’éclat des bougainvilliers que rehaussent encore les plumes d’un cacatoès domestiqué ou celle des fleurs sur les chapeaux des femmes. Cet exotisme, qui demeure le principal motif de l’écriture, est très souvent lié chez Vazquez à l’enfance, dont l’auteur n’a eu de cesse dans son écriture de ressusciter le miracle, ou à la féminité qui constitua pour lui un thème privilégié. « La chambre était petite. La femme, grande. Elle s’appelait Maude, Ses yeux étaient bleus, transparents, pénétrants. Son maquillage était à la mode d’autrefois. Il faisait penser à une chanson en vogue à l’époque. J’ai oublié laquelle (…) sa démarche rappelait celle des poupées japonaises en celluloïd qu’on remonte avec une clef  ». Souvent d’ailleurs, le monde vazquezien n’est qu’une projection subjective du désir, une réalité plus proche du conte ou du mythe que de l’histoire réelle, surtout de la part de ces femmes et de ces enfants qui font d’ordinaire si peu entendre leur voix.
Pourtant cette formule n’a eu de sens pour Vazquez que parce qu’elle lui permit aussi de contrecarrer la solitude, la misère, la pauvreté, lui qui n’accéda jamais à la reconnaissance qu’il estimait mériter, et qui vécut l’après-1956 comme un durable traumatisme. Exilé en Espagne, pays qu’il n’aimait guère, Angel Vazquez mourut à Madrid le 25 février 1980, en écrivain maudit. Destin baudelairien s’il en est pour celui qui, aux bords du détroit de Gibraltar, ne parvint jamais à réconcilier les deux versants de sa vie, et qui fit résonner dans son écriture la troublante parenté qui lie l’enfance éternelle à la mort.

Etienne Leterrier

L’Homme qui avait été amoureux
Bette Davis d’Angel Vazquez
Traduit de l’espagnol par Selim Cherief
Rouge inside, 126 pages, 14

Le parfum du temps Par Etienne Leterrier-Grimal
Le Matricule des Anges n°124 , juin 2011.
LMDA papier n°124
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