Viton / Giraudon, poésie export
Faut-il ranger une bibliothèque selon un ordre alphabétique ? Faire donc suivre les livres de Jean-Jacques Viton de ceux de Liliane Giraudon ? Choisir un autre ordre ? Séparé on est ensemble, tel pourrait être l’avertissement du rapprochement de deux écritures pourtant distinctes. Si rapport il y a, elles se reconnaissent dans les embardées réelles que chacun de leur nouveau livre loge en eux. Exemples : Le Garçon cousu, malgré les sections dialoguées, n’a rien à voir avec le théâtre. Le mode d’écriture, repris et imaginé à partir d’un travail de plateau collectif avec les metteurs en scène Robert Cantarella et Hubert Colas, recoupe plutôt la question de l’incarnation des voix. Il s’agit d’une mise en espace de voix, par laquelle la page n’est plus seulement un espace neutre où les placer, mais un témoin de ce que des corps en firent. La différence est notable, elle traverse autant les mises en scène de Claude Régy, que la façon dont Koltès écrivait ses textes. LG se réaccapare humblement ce genre de réflexion et les place au milieu de son livre, comme si un chiendent le fendait en deux pour qu’y germe tout le rhizome d’une multiplicité vocale. Entendons-le, p. 81, lorsqu’il y est affirmé ceci : « J’ai une imagination stupéfiée. // Et comme je ne raconte pas une histoire mais égrène simplement des images, on ne pourra pas m’en vouloir de n’en proposer que des morceaux. / Parfois mes images reposent dans des pages… / J’ai toujours avec moi mon album… /(…) Dans les images il y a du grain. Celui d’une trame. / Le mensonge. / Un mensonge parfait. / Un mensonge-vérité. / Sur nous tous. Sur chacun. » Les voix viennent de là, du grain du sale temps où elles doivent trouver leur tonalité, quitte à être constamment déplacées, trop rauques dans le corps d’une fille devenu garçon cousu… Toutes ces questions sont filées, et merveilleusement dans le décalage constant du dialogue imaginé entre les écrivains Huguette Champroux et Hélène Bessette (« Solilocas ou la vie sexuelle des lamproies ») : « Nous n’ambitionnons pas les cuivres étincelants. / La tranquillité des verdures. / La distribution paisible des saisons. / Nous n’avons pas la folie des grandeurs. / Ni même celle des glandeurs. / Dominer des parcs resplendissants dans des soleils couchants. / (…) Télérama. La Une des Inrockuptibles. Le dernier iPod. / Quand l’un gagne, l’autre perd. (…) / La vie avance… / C’est à se tordre… »
Dans Ça recommence, JJV utilise le dizain pour y faire entrer ses dix phrases coupées. Et forcément le sont-elles pour se cadrer dans la forme-dite, et ainsi, à chaque page, retrouver leur souffle et leur mouvement repris… Tel est le dessin de ce livre, qui suit la spirale montante d’un escalier pour, à chaque palier, proposer une pose, avec reprise indéfinie, et probable recommencement. L’image de la vie, enfouie dans le tapis, est reprise et répétition. Elle suit l’idée que seul le recommencement, et la volonté de reprendre, œuvre à l’énergie de la composition....




