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Domaine étranger La prison, au carré

novembre 2015 | Le Matricule des Anges n°168 | par Thierry Guichard

Des bruits dans la tête

Paru en Slovénie en 2002, Des bruits dans la tête est le récit d’une révolte qui embrasa la prison de Livada dans la partie macédonienne de l’ex-Yougoslavie. Histoire vraie donc, recueillie par l’auteur alors qu’il est emprisonné en 1975 dans « les geôles antiques de M. » et que lui confie Keber, le héros à l’origine du soulèvement. Ou plutôt que Keber lui dicte, faisant de Jancar son Flavius Josèphe, du nom de l’auteur de La Guerre des Juifs qui en son temps témoigna de la révolte des Juifs de Massada. Parallèle ambitieux quand on découvre que le soulèvement de la prison prit pour origine une retransmission télévisée d’un match de basket que l’attitude d’un maton interrompit brutalement, la télévision du foyer finissant encastrée contre les barreaux d’une fenêtre. Cela suffit à mettre à sang et à feu la prison tout entière, le soulèvement prenant d’abord la forme d’une révolte animale où chaque détenu joua le rôle qu’il voulut bien jouer (entre rage et peur). Jancar raconte comment il devint clair pour certains insurgés que leur destin passerait par une restauration de l’ordre au sein même de l’enceinte, faisant de leur prison un fortin, puis, par la force des événements, une prison bien pire. Car, et c’est l’enseignement de ce roman allégorique, toute Révolution est destinée à être trahie par ceux qui en prennent les rênes. Et Keber d’assister à la transformation du lâche Mrak, comptable et rat de la bibliothèque de Livada que ses congénères ont élevé à la tête de la rébellion parce qu’il lisait. Mrak restera un lâche mais, désormais, un lâche autoritaire et froid. « C’est peut-être le moment où la dictature s’est installée, bientôt suivie de la tyrannie. »
Qu’une histoire vraie devienne à ce point allégorique, cela signe la facture de Drago Jancar. D’un fait divers, il fait une parabole sur l’individu et l’Histoire, les métamorphoses du pouvoir. Le lecteur est ballotté entre comédie et tragédie, saisi par la bouffonnerie absurde des protagonistes (la plupart rustres et violents), l’implacable mécanique du pire, l’incapacité des hommes à vivre libres. Johan, le dernier ami de Keber, résume assez bien, dès le début, le sens de leur histoire : « on a seulement montré qu’on est des gens, même si au fond on est des bêtes. Mais je te le dis, ça valait le coup. » De quoi doucher l’enthousiasme et les espoirs de tous ceux qui ont accueilli dans la joie les printemps arabes…
Si la geste n’est au final pas glorieuse, elle puise cependant dans les rêves de Keber (mélange de souvenirs amoureux et de grand large) le sens de sa quête : l’Histoire n’est plus celle des dieux et des peuples, elle se conjugue désormais au singulier, à hauteur d’homme. Keber n’est un héros que pour les détenus des « geôles antiques » du « grand pays » quand il dicte le récit d’une histoire qui a bien besoin de son Flavius Josèphe pour parvenir jusqu’à nous.
T. G.

Des bruits dans la tete
de Drago Jancar
Traduit du slovène par Andrée Lück-Gaye,
Libretto, 262 pages, 9,70

La prison, au carré Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°168 , novembre 2015.
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