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Domaine étranger L’ombre de l’Amérique

avril 2016 | Le Matricule des Anges n°172 | par Julie Coutu

Leroy Kervin a 25 ans, peut-être 26. Il s’est engagé dans la Garde Nationale sur le conseil de son patron : « un week-end par mois et deux semaines par an », de l’argent toujours utile et facile, aucun risque. C’était compter sans la guerre en Irak. Une « roadside bomb », un traumatisme crânien, deux bras cassés : « Il ne savait plus ni parler ni marcher. La vie qu’il avait connue n’existait plus. Ce Leroy Kervin là avait disparu. (…) Pas de guérison miraculeuse pour le nouveau Leroy Kervin ». Alors, quand un soir Leroy ouvre les yeux, parfaitement lucide, dans son lit d’un foyer pour handicapés mentaux de l’État de Washington, il décide de se suicider. Quelques jours plus tard, la douleur le réveille dans un lit d’hôpital : « sa faute à lui. Il avait raté son suicide et ne pouvait s’en prendre qu’à lui-même ». Il décide alors « d’abandonner, d’emmener son esprit le plus loin possible. (…) Se perdre en lui-même. Disparaître de la scène du monde ».
Willy Vlautin raconte des gens qu’on ne regarde pas, à qui personne ne s’intéresse, qu’on croise et qu’on oublie. Des anonymes plutôt du mauvais côté de la balance. Des personnages sur le fil, toujours en instance de bascule. Ballade pour Leroy respecte parfaitement ce cahier des charges. Autour du vétéran qui se laisse lentement sombrer, au fil d’un songe cauchemardesque qui emprunte à ses pires hantises comme à ses plus beaux souvenirs, Pauline l’infirmière, Freddie le gardien de nuit, Jo la fugueuse, Darla, Mora, Jeanette. Des Américains d’en bas, de cette classe populaire jamais à l’abri d’un accident de la vie, d’un problème de santé, d’un déboire conjugal. Willy Vlautin les raconte avec une extrême pudeur, délicatement : ses personnages sont simplement là, tels qu’en eux-mêmes, à chercher une manière ou une autre de s’en sortir, d’avancer, de ne pas sombrer.
Alors, on les suit. Freddie qui sait qu’il va devoir vendre sa maison pour payer les dettes héritées des multiples hospitalisations de sa cadette, et espère retrouver ses filles. « J’aimais bien être père, c’est sans doute ce que j’aimais le plus au monde », dit-il. Pauline, infirmière dévouée, qui veille sur ses patients, parfois un peu trop, retrouve chaque soir son canapé solitaire, secoue son père bipolaire, et parfois sort boire et oublier quelques heures. Jo la gamine perdue dont la mère a rencontré Dieu et fait fuir ses enfants. Darla, la mère de Leroy, qui chaque jour à son chevet lui lit des romans de science-fiction qu’elle n’a jamais aimés.
Tous, et Leroy à sa manière, cherchent une voie pour se reconstruire dans un environnement sans âme, de l’hôpital à l’hospice en passant par le Logan’s Paint Store, le Heaven’s Door Donuts ou le Safeway. Il n’y a pas de paysage chez Vlautin. Rien d’autre que des gens. Les mieux à même de dire cette Amérique et ses problématiques, religion, assurance santé, couverture sociale, précarité. Willy Vlautin (également chanteur du groupe folk Richmond Fontaine) écrit des romans sociaux pour dire le monde qui l’entoure, qu’il n’oublie pas de regarder et de questionner, encore et encore.
Julie Coutu

Ballade pour Leroy de Willy Vlautin
Traduit de l’américain par Hélène Fournier, Albin Michel, 300 pages, 22

L’ombre de l’Amérique Par Julie Coutu
Le Matricule des Anges n°172 , avril 2016.
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