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Égarés, oubliés La nature et les jours

mai 2020 | Le Matricule des Anges n°212-213 | par Éric Dussert

Voyageuse, anthologiste et essayiste, la patricienne féministe Dora d’Istria fascina l’Europe des intellectuels.

Le Surnaturel dans le monde végétal

Depuis peu, des études nous montrent comment la production intellectuelle et culturelle des femmes a été effacée du paysage dans la plupart des domaines. Poésie, littérature, philosophie, musique, peinture, nulle part elles n’étaient les bienvenues lorsqu’il s’agissait de prendre place auprès de leurs pairs. Une manière simple de les gommer liée aux usages avait été trouvée : il était inconvenant pour une femme de paraître savante. Si les dieux savent à quel point les salonnardes pouvaient être capables d’esprit, catégorie bénigne d’intellectualisation faut-il croire, on s’explique mal pourquoi cette marque notoire de capacité les voyait interdites de démontrer leurs compétences. Le pire pour une femme du meilleur monde restait de paraître « pédante », défaut largement concédé à leurs confrères masculins, de nos jours encore (pour les noms écrire à la rédaction). Voilà pourquoi on a eu longtemps recours à l’insulte du « bas-bleu » afin de les disqualifier. Ce rejet de la femme savante – voyez le caricatural Molière – était vrai sous l’Ancien Régime, il était vrai après la Révolution, quoiqu’Émilie de Girardin poussât enfin les bornes, bien plus que la phénoménale Mme Dupin (1706-1799) qui n’osa jamais publier son essai sur les femmes qui reste encore à l’état de manuscrit malgré les annotations qu’y fit Jean-Jacques Rousseau… Dora d’Istria appartenait elle à une génération qui secoua tout à fait le joug et passa à l’acte.
Lorsqu’il fait le tableau de cette patricienne savante née le 3 février 1828 à Bucarest sous le nom d’Elena Ghika, le chroniqueur parisien Charles Yriarte est encore tout ému de ce qu’il a appris de cette femme accomplie et renversante de beauté si on l’en croit son Dora d’Istria (VillaRrose, 2019) qui paraît parmi ses Portraits cosmopolites de 1880. Polyglotte (elle parle neuf langues et a traduit l’Iliade en allemand dans sa jeunesse), Elena Mikhaïlovna Ghika est historienne, anthologiste de la poésie ottomane, alpiniste (elle réalise la première ascension féminine de la Jungfrau en Suisse) et fervente adepte de la natation… « Elle nage comme Lord Byron, elle tire au pistolet de façon à étonner les Albanais eux-mêmes, mais on peut trouver un torrent sur sa route et les chemins ne sont pas toujours sûrs ; d’ailleurs, ces jeux sont familiers aux filles nobles de son pays, et la princesse n’a pas besoin d’excuse puisqu’elle a sauvé la vie d’une de ses semblables. (…) Dora d’Istria a tout lu et tout annoté. (…) Tant de dons divers, une si curieuse personnalité, de longs et brillants travaux, des documents immenses, des fatigues sans fin, des explorations uniques et des chartes nouvelles retrouvées pour l’histoire du monde, n’auraient nul prix si celle qui s’est fait un nom européen par ses récits et ses voyages avait abdiqué les grâces de son sexe et fait bon marché de ce qui est sa gloire, si l’amazone avait tué la femme »
Son périple a commencé lors de l’exil politique de sa famille entre 1842 à 1849 : son père, fondateur du musée national des Antiquités de Bucarest, est le frère du prince régnant. Elle parcourt dès lors l’Europe et rencontre Alexander von Humboldt qui devient son mentor. De retour au pays, elle épouse le prince Koltsoff-Massalsky mais milite contre l’impérialisme russe, position qui lui vaut de quitter l’Empire et son époux dans un même mouvement et de s’installer en Italie en 1860. Rapidement, sa personnalité et ses travaux de plume la rendent célèbre, d’autant qu’elle rencontre encore l’érudit Angelo De Gubernatis (1840-1913), professeur à l’Institut des études supérieures de Florence, dont les travaux ne manquent pas de l’intéresser comme on va voir.
Anticléricale, elle publie un essai sur la vie monastique. Féministe, elle se préoccupe de la condition des Femmes en Orient (1859), essai bientôt suivi d’un Des Femmes, par une femme (1865) et elle atteint par la prolixité de ses écrits et ses positions audacieuses une formidable notoriété dont l’essai de Charles Yriarte n’est plus aujourd’hui qu’un simple indice. Installée en Suisse, elle prend le nom de plume de Dora d’Istria et étend encore sa palette en proposant en 1879 à la Revue des deux mondes un article intitulé « Le Surnaturel dans le monde végétal », inspiré par la Mythologie des plantes (1878) de De Gubernatis, deux synthèses des connaissances ethnographiques et mythologiques, auxquelles un certain James Frazer viendra donner raison avec son Rameau d’or de 1890. C’est cet article de 1879 qui est réédité aujourd’hui avec une passionnante lecture de l’ethnologue et historien Philippe Blon, « L’Enéide, labyrinthe végétal ». En nos temps d’écologie un peu prégnante, il est bien temps de rendre à Dora d’Istria, disparue le 17 novembre 1888 à Florence, nos hommages longtemps retardés…

Éric Dussert

Le Surnaturel dans le monde végétal, de Dora d’Istria
VillaRrose, 143 pages, 14

La nature et les jours Par Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°212-213 , mai 2020.
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