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Poésie Bonheurs latins

novembre 2020 | Le Matricule des Anges n°218

La poésie de langue latine en Pléiade, c‘est deux mille ans d’une étonnante diversité autant qu’une invite à connaître et à rêver autour de la langue souche du français.

Anthologie bilingue de la poésie latine

Il y a du panache et du défi – à l’heure où les études classiques sont exsangues et où le latin va s’effaçant – dans le geste qui consiste à publier un livre célébrant la rencontre de la poésie et de la langue latine, du IIIe siècle av. J.-C. à Pascal Quignard, auteur, en 1976, d’Inter aerias fagos, un poème éclaté qui est comme la matrice de son œuvre. Une somme donc où l’on trouve des poèmes de Lucrèce et d’Érasme, de Virgile et de Pétrarque, de Thomas d’Aquin et d’Ovide, de Du Bellay, d’Horace, de Baudelaire, de Rimbaudæ.
Permanence et renouvellement d’une poésie écrite dans une langue qui ne tomba pas avec les murs de Rome, en 476, mais demeura pendant un millénaire encore la langue de l’intelligence – celle de la théologie, de la philosophie, du droit, de la médecine, des sciences, et pendant longtemps, celle de la poésie. Une langue « qui semble être à la plupart des autres ce que la pierre de taille est au torchis ou au pisé » disait Julien Gracq. Une langue dans laquelle le sens général d’une phrase ne dépend pas de la place des mots, qui ne connaît pas l’article, autorise la disjonction du nom et de l’adjectif, et possède, du fait de la « quantité » des syllabes – qui sont soit longues soit brèves – une singulière aptitude à l’expressivité poétique.
Assemblées par groupe fixe de deux ou trois, ces syllabes forment une mesure ou un pied – ainsi nommé parce qu’on marquait du pied le retour attendu de chacune de ces unités métriques dont les plus fréquemment utilisées étaient l’iambe (brève – longue) et le dactyle (longue – brève – brève), un ensemble de pieds ou de mesures formant le vers. Un vers cadencé comme un air de musique, parce qu’à l’origine la poésie était faite pour être chantée. Plus tard, elle sera lue à haute voix, c’est-à-dire psalmodiée en suivant les règles de la métrique. On imagine donc combien la traduire, cette poésie, c’est trouver une cadence qui reproduise approximativement l’effet de la prosodie latine. Mais c’est aussi, sachant qu’il nous est impossible de ressentir un poème exactement comme pouvait le faire un latin, retrouver un peu de la vie qui l’habitait, et qui nous parle encore.
La vie qui animait, par exemple, les poètes élégiaques, celle qui les a poussés à substituer l’amour à toutes les autres valeurs, à chanter le culte absolu d’une seule femme – Lesbie pour Catulle, Délie pour Tibulle, Cynthie pour Properce, Corinne pour Ovide. Au point de préférer le service d’amour au service militaire. Mais cette réhabilitation des données subversives de l’amour conduisit Auguste à édicter des Lois morales qui furent fatales à Ovide dont l’exil fut un peu celui de tous les élégiaques.
À la poésie lyrique et satirique, à l’élégie, à l’épigramme du siècle d’or de la poésie latine (Ier siècle av. J.-C.), succédera celle des poètes de la décadence (Ausone, Claudien, Commodien…) dont la langue ravira Baudelaire et Des Esseintes, le héros d’À Rebours. Sans oublier la poésie des poètes chrétiens de l’Antiquité et du Moyen Âge (Lactance, Prudence, Boèce, Raban Maur, Alain de Lille…), celle que Remy de Gourmont retrouvera avec enthousiasme et célébrera dans Le Latin mystique (1892). Une poésie qui sut tenir compte de l’évolution de la prononciation et inventa la rime. Ce qui n’empêchera pas les humanistes de la Renaissance de vouloir retrouver le latin dans sa pureté. Un néo-latin que pratiquèrent plus tard Baudelaire (Franciscae meae laudes) et Rimbaud, auteur de Ver erat, un poème prophétique où apparaît « Tu vates eris », « Tu seras poète ».
Bien sûr les conceptions et les pratiques des poètes d’aujourd’hui sont à l’opposé de celles sur lesquelles ces œuvres ont été édifiées, mais cette poésie de langue latine mérite d’être lue, non pas en conformité avec ce que nous attendons aujourd’hui d’un poème, mais avec la part d’opacité que le temps a parfois fait naître en elle, et en profitant de la possibilité de lire à haute voix des vers latins. En français, « Comme les pétales s’effeuillent aux couronnes séchées », c’est bien, mais en latin, « Ac veluti arentis liquere corollas » c’est autrement voluptueux.

Richard Blin

Anthologie de la poésie de langue latine
Sous la direction de Philippe Heuzé
Avec la collaboration d’André Daviault, Sylvain Durand, Yves Hersant, René Martin et Étienne Wolf
Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1920 pages, 69

Bonheurs latins
Le Matricule des Anges n°218 , novembre 2020.
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