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Égarés, oubliés Vouloir penser

avril 2021 | Le Matricule des Anges n°222 | par Éric Dussert

Essayiste amateur, romancier bancal, Maurice Simart n’aura pas vécu assez longtemps pour démontrer s’il était brillant ou perspicace.

En découvrant le numéro inaugural de La Revue littéraire d’août 1915, le nom de Maurice Simart s’impose. Où l’a-t-on déjà lu ? À cette date, cet homme lançait une revue « hors commerce », ce qui était son droit. La surprise vient du fait qu’en établissant dans sa feuille la liste des écrivains morts au front et des nécrologies, il propose le même contenu éditorial que le Bulletin des écrivains de 1914-1915 de l’association éponyme, lancé six mois plus tôt, et dirigé par René Bizet, Fernand Divoire et Gaston Picard avec la complicité des meilleures plumes de l’époque. Le geste concurrent n’était pas si grave pour une si bonne cause, néanmoins il paraît curieux d’opérer des impressions dispendieuses (les typographes travaillent alors au plomb) pour répéter, plus ou moins, une matière diffusée par ailleurs… Rien d’étonnant cependant car Maurice Simart est l’impétrant-type.
La vingtaine passée (il est né en 1892), il n’a publié qu’une plaquette de poèmes (Éveil. Premières poésies, imp. Sageret, 1910) éditée par une petite revue à laquelle il collabore, Miscellanées. Jusqu’en octobre 1917, il édite les vingt-sept livraisons de sa Revue littéraire, reconnaissant de pouvoir participer à l’effort collectif malgré sa réforme de 1915, confirmée en 1917. Simart n’est pas un planqué dont la chasse a commencé sous la pression de civils qui ne risquent pas le casse-pipe… Maurice continue de poétiser (Poèmes sans dieux, Sansot-Chiberre, 1920) et de compiler des pensers qui forment le matériau de son petit dictionnaire d’Idées, de A à Z (Baudinière, 1926) ou d’Interprétation du monde moderne (préface de Ferdinand Brunot, Flammarion, 1930). On trouve sa signature dans Le Mercure de France, L’Écho de Paris et Les Nouvelles littéraires. Après les dissociations de Gourmont, après Valéry, Maurice Simart se vit penseur. Il ne manque du reste pas d’un certain talent pour pointer les sujets pertinents. En 1925, il dénonce la vie urbaine moderne sous le titre de « Fuyons la ville ! » : « Vraiment, il faut être aussi niais que nous le sommes pour oser nous vanter de pareilles monstruosités. » (Paris-Soir, 6 mars). Dans Idées, il dénonce aussi la surproduction de livres – quelle crise il aurait en revenant aujourd’hui –, pronostiquant que l’accaparement de la fiction et de l’aventure par le seul cinéma rendra la réflexion à l’écrit : « Pour être lu, il faudra mettre dans un livre autre chose que des aventures, mais bien du raisonnement, de la psychologie, de la documentation minutieuse, toutes choses qui demandent de la contention et à être prises à petites doses. » Observation : 1. Prédiction : néant.
Lorsqu’il disparaît à l’âge de 40 ans le 3 juillet 1932 à Vernon, Comœdia donne dès le lendemain une nécrologie qui synthétise son apport littéraire : « Maurice Simart, parfois avec une certaine candeur intellectuelle au demeurant sympathique, montra (…) son goût pour toutes sortes d’utopies et de formules “à la page”. Mais ce fut toujours un esprit curieux, doué d’une rare faculté d’assimilation et d’une grande générosité de caractère » Le cas de Maurice Simart s’éclaire : « Il était né, poursuit Comœdia, et avait grandi dans cette atmosphère surchauffée d’idées et d’idéologie d’une grande imprimerie, il avait vécu dans l’intimité de nombreux écrivains, fit précocement preuve d’un goût ardent encore qu’assez confus pour les nouveautés intellectuelles. La guerre et le mouvement moral qui en résulta avaient fait sur lui une forte impression ».
À la réflexion, Simart semble bien proche de son M. Perruchot, cantonné à son entresol par la rencontre malheureuse d’un omnibus qui l’a broyé. Bancal s’il en est, son roman L’Entresol de Monsieur Perruchot (Baudinière, 1925) donne des clés : articulé bizarrement sur une relation d’amour – qui n’est pas sans évoquer les écrits de Joë Bousquet sur son lit de malade – Simart dit tout à la fois sa vie mondaine (il est membre du Syndicat des romanciers français, de la Société des Gens de Lettres, trésorier de la Ligue France-Europe, des Amis de l’Abbé Grégoire), ses relations amicales, son désir d’aimer et son obstination à penser.
Maurice Simart est donc bel et bien le fils de la maison Simart, principal imprimeur de journaux de Paris, installé rue du Sentier… Celle-là même qui imprimait les Nouvelles littéraires, L’Écho de Paris et… les livres des éditions Baudinière de la rue du Caire – six minutes à pied jusqu’à l’imprimerie Simart. À l’exception de Ponette modiste rue de Berne (Albin Michel, 1919), Baudinière a pris deux romans sous son aile, L’Entresol de M. Perruchot et Un cœur de quarante ans (1928) – il est probable que Maurice ait été malade du cœur. Si l’on s’arrête un instant à l’entresol, et que l’on décide de ne pas sourciller à ses accès de misogynie, on peut lire ce qu’est « vouloir penser » entre deux guerres. Ses deux derniers livres n’ayant pas fait l’objet d’un dépôt légal, indice sérieux de leur publication à compte d’auteur, on peut envisager que Maurice Simart souhaitait plus que tout laisser une trace de son passage sur terre. Les desseins des écrivains sont parfois insondables. C’était chose faite.

Éric Dussert

Vouloir penser Par Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°222 , avril 2021.
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