John Edgar Wideman sut construire un roman au souffle épique grandiose dans L’Incendie de Philadelphie (Gallimard, 1996), thriller urbain qui est peut-être le sommet de son œuvre. Jusqu’à l’essai empreint de confession – comme Le Projet Fanon (id., 2013) –, il défend avec constance la dignité des Africains-Américains. Cette fois nous le découvrons s’insurgeant au moyen d’une grande brassée de textes. La vingtaine de récits, essais et autres fictions, ne se contente pas d’aborder l’actualité, mais déploie une écriture d’une réelle intensité esthétique au service d’une justice humaniste.
L’on parcourt des espaces et des temps surprenants. Dans « Séparation », il s’agit d’une « grande guerre civile sumérienne ». Cependant les États-Unis sont omniprésents, de façon à se dédier au service d’un fort engagement. Car « les couleurs de peau noires et blanches que nous affirmons voir, affirmons reconnaître (…) existent et n’existent pas ». Intitulée « Couloir de la mort », une interview judiciaire permet de déplorer « l’illusion que chaque condamné est traité de façon distincte et égalitaire ». Alors qu’il revient sur son frère emprisonné, il constate amèrement : « la prison dépouille du temps. Ne laisse que le corps nu, les os grelottants ». Le dernier chapitre, « Encore une autre histoire », est nettement autobiographique, consacré pêle-mêle à la France, à ses Gilets jaunes, à sa deuxième femme française, à ses enfants et au concept d’« esclavagisation ». C’est un peu touffu, néanmoins vivant, brûlant de sincérité.
Du plus vaste événement, comme le génocide rwandais, au plus intime, comme le baiser de deux lèvres noires à Manhattan, non seulement Edgard Wideman a « l’art des histoires », mais aussi celui du pamphlet antiraciste.
Thierry Guinhut
Traduit de l’anglais (États-Unis) par
Catherine Richard-Mas
Gallimard,
398 pages, 25 €
Domaine étranger Qu’on me cherche et je ne serai plus de John Edgar Wideman
janvier 2025 | Le Matricule des Anges n°259
| par
Thierry Guinhut
Un livre
Qu’on me cherche et je ne serai plus de John Edgar Wideman
Par
Thierry Guinhut
Le Matricule des Anges n°259
, janvier 2025.

