Quand elle a lu La Pluie ébahie, l’éditrice Anne Lima, qui venait de perdre son père, a fondu en larmes. « C’est un texte si beau… On ne comprend pas forcément ce qui se passe, dit-elle, mais cela a dénoué quelque chose en moi ». Il y a toujours de l’eau, dans les livres de Mia Couto : des larmes, des fleuves, des lacs, de la pluie (qui, dans La Pluie ébahie, ne veut pas tomber et reste mystérieusement suspendue dans les airs) et puis la mer, bien sûr. « L’océan Indien est resté au bord de mon âme », écrit le romancier mozambicain dans l’introduction à son recueil de poèmes, Le Traducteur de pluies, que les éditions Chandeigne&Lima viennent de faire paraître en version bilingue.
Outre Le Traducteur…, la maison d’édition de la rue Tournefort, à Paris, partenaire de la Librairie portugaise et brésilienne, a également décidé de rééditer La Pluie ébahie ainsi que Tombe, tombe au fond de l’eau, deux textes anciens dont l’édition française était épuisée. Quant à Terre somnambule, premier roman de Mia Couto, paru au Portugal en 1992, il vient de ressortir chez Métailié dans une nouvelle traduction – tout en vivacité et finesse – d’Elisabeth Monteiro Rodrigues.
C’est à Beira, son « eau natale », deuxième ville du Mozambique, vaste pays d’Afrique australe situé à quelques encablures de l’archipel de Mayotte, qu’a vu le jour, en juillet 1955, Antonio Emilio Leite Couto. Fils d’un « poète athée » et poète lui-même, il obtient de ses parents, alors qu’il est encore petit garçon, la permission de se prénommer Mia. « Parce que c’est le miaulement du chat en portugais : c’est une félinisation de son nom, plus qu’une féminisation », assure Anne Lima. « J’ai beaucoup ri de son aventure suédoise : Mia avait été invité à un colloque sur la femme africaine, raconte de son côté Anne-Marie Métailié, et les organisateurs ont été très surpris d’accueillir cet homme blond aux yeux bleus ! » Mia Couto ou l’inattendue permanente ?
Ayant grandi en période coloniale, dans une famille relativement aisée de « pieds noirs » portugais, cet « être de frontière », comme il le dit de lui-même, est partagé « entre la mer et la terre, entre le rural et l’urbain, entre l’Europe et l’Afrique (…), entre une patrie qui n’a jamais existé et une autre, tout juste naissante ». Partagé aussi entre une formation scientifique et une vocation littéraire, puisque Mia Couto, un Blanc parmi les Noirs, enseigne l’écologie à l’université de Maputo. Partagé, mais pas déchiré. Grâce à la poésie, « venue à mon secours pour créer ce pont entre deux mondes », lit-on encore dans Le Traducteur de pluies, cet équilibriste inspiré a trouvé sa route de crête.
Contrairement à la plupart des colons portugais, ces petits Blancs racistes, si cruellement décrits par l’écrivaine Isabela Figueiredo (dans Carnet de mémoires coloniales, Chandeigne, 2021) et que le vent de l’indépendance a chassés vers l’Europe, l’arrivée au pouvoir du Front de libération du Mozambique (Frelimo) n’a pas...
Domaine étranger Mia Couto, saudade mozambicaine
février 2025 | Le Matricule des Anges n°260
| par
Catherine Simon
L’histoire nationale de l’ancienne colonie portugaise, ravagée par les guerres, irrigue l’œuvre de ce conteur hors pair. Double parution.
Des livres


