Née en 1945, Mireille Calle-Gruber a d’abord été attachée universitaire des Affaires étrangères françaises avant de devenir professeure à l’université Sorbonne-Nouvelle. Ses recherches ont essentiellement porté sur des auteurs contemporains comme Hélène Cixous, Pascal Quignard ou encore Claude Simon (dont elle a rédigé une biographie en deux volumes). Attentive au travail de Butor depuis ses premiers romans, puis amie proche au point d’écrire avec lui un récit-scénario (Le Chevalier morose, Hermann, 2017), elle est aujourd’hui une des spécialistes de son œuvre.
Mireille Calle-Gruber, qu’est-ce qui vous a amenée à l’œuvre de Michel Butor ?
Vous me demandez le récit d’une véritable aventure : littéraire, artistique, géographique, intellectuelle, mais aussi une aventure faite d’amitié. Alors qu’à l’université on n’étudiait encore que les œuvres d’écrivains morts, j’eus la chance de pouvoir inscrire le Nouveau Roman comme sujet d’une première thèse à l’université de Montpellier, et je décidai de concentrer ma recherche sur l’écriture de trois « nouveaux romanciers », Michel Butor, Alain Robbe-Grillet, Claude Simon. Concernant Michel Butor, je travaillais sur ses quatre fameux romans unanimement salués mais aussi sur Mobile et Description de San Marco, deux œuvres de rupture alors fort controversées. C’était dans le milieu des années 1970, période de débats littéraires passionnés et des colloques du Nouveau Roman à Cerisy sous la houlette de Jean Ricardou.
Une fois la soutenance passée, j’envoyai mon mémoire à chacun des auteurs. Tous répondirent, sauf Michel Butor. Loin de Paris à ce moment-là puisque j’étais détachée auprès du ministère des Affaires étrangères et en poste en Égypte, au Caire, j’ignorais que Michel Butor avait définitivement quitté le roman et le Nouveau Roman pour d’audacieuses prospections littéraires. En somme, il n’était plus là où mes travaux de recherche l’assignaient injustement.
Tout aurait donc pu en rester là sans un concours de circonstances, quelques années plus tard. Sa fille aînée, Cécile, ayant obtenu un poste de recherche à Heidelberg, Michel Butor écrivit à l’Institut français où je venais d’être nommée et où j’organisais la venue d’écrivains et d’universitaires français. Butor fut dès lors un invité assidu. Très apprécié en Allemagne où ses ouvrages étaient traduits par Helmut et Gerda Scheffel, il déplaçait des foules lorsqu’il venait faire une lecture. Nous avons multiplié les modes de rencontres : séminaire, conférence, entretien, exposition « 100 livres de Michel Butor », film vidéo. Je découvrais que mon « objet » d’études universitaires était un être généreux et un bon vivant. La géographie nous favorisait : Marie-Jo et Michel s’étaient établis à Gaillard, à la frontière avec la Suisse, dans une grande maison où nous faisions halte avec mon époux. Nous étions en littérature et « en famille » tout ensemble. Nous découvrions nos affinités : un attachement profond à...
Dossier
Michel Butor
« Apprendre à s’émerveiller des différences »
mai 2025 | Le Matricule des Anges n°263
| par
Didier Garcia
Par son ampleur et sa liberté, l’œuvre de Butor résiste aux formules comme aux définitions. Visite guidée en compagnie de Mireille Calle-Gruber, qui a notamment dirigé l’édition de ses Œuvres complètes.
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