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Dossier Michel Butor
Le musicien refoulé

mai 2025 | Le Matricule des Anges n°263 | par Didier Garcia

Après un deuxième Cahiers Butor (publié chez Hermann en 2022) consacré aux relations que l’écrivain entretenait avec les peintres, voici un volume désireux de faire le tour de ses collaborations musicales et de son goût pour la musique, lequel s’est manifesté dès son plus jeune âge puisque, outre la pratique du violon, il dessinait des guitares et des théorbes dans ses cahiers d’écolier.
Une part non négligeable de l’ensemble est dédiée à Votre Faust, « fantaisie variable genre opéra » co-réalisée avec le compositeur Henri Pousseur au cours des années 1960, et jouée pour la première fois à la Scala de Milan en 1969 (où elle fut clairement incomprise). Un opéra avant-gardiste, qui met sur un plan d’égalité la musique et l’écriture, l’une étant à la fois l’introduction et le prolongement de l’autre.
Aux côtés du témoignage d’Henri Pousseur, on trouvera ici ceux des compositeurs René Koering pour Centre d’écoute (1972) et Jean-Yves Bosseur pour Triptyques pour Don Juan (1973-1977), ou encore celui du pianiste américain de jazz Marc Copland (que l’on peut entendre ailleurs accompagné du contrebassiste Gary Peacock notamment) pour l’enregistrement du disque Le Long de la plage (2012), sur lequel des poèmes de Butor côtoient le phrasé jazzy de Copland (en qui l’écrivain avouait avoir trouvé quelque chose qui lui rappelait Schumann).
Après avoir évoqué ces grandes collaborations de Butor avec l’univers musical, ce volume aborde aussi la musicalité de sa poésie, par le biais des « spectacles sonores » (dans leur emploi radiophonique) que sont les volumes Réseau aérien (1962) et 6 810 000 litres d’eau par seconde (1965) – ce dernier évoquant le « phénomène sonore » que sont les chutes du Niagara.
On tient là un volume complet, qui vaut autant pour ce qu’on y lit que pour ce qu’on y voit, son iconographie s’avérant d’une grande richesse. On y comprend surtout que le goût de Butor pour la musique irrigue toute son œuvre, comme le notent d’ailleurs les deux responsables du volume dans leur texte liminaire : « l’écrivain prenant à la musique des leçons d’audace : libre dans les mots d’opérer des transpositions, des variations, des fugues, séries et mouvements, des polyphonies, agile à effectuer la réduction d’un récit en poème, à tympaniser un motif dans l’ampleur chorale, à le faire rayonner en symphonie, à le métisser et à l’orchestrer par d’insolites croisées. » En fin de volume, Béatrice Didier risque une interprétation audacieuse de l’abandon de la musique pour l’écriture : sa mère étant devenue sourde, « l’enfant s’est senti le devoir de donner à la mère un substitut de cette musique qu’elle ne peut plus entendre : l’écriture ; il est donc inutile de se fatiguer à produire les sons du violon ; il faut créer une autre musique, celle des mots que le futur écrivain tracera. » Quand bien même il lui faudrait pour cela écrire plus de 1000 volumes.

D. G.

Michel Butor en musique, sous la direction de...

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LMDA papier n°263
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