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Domaine français L’élégie, concentré(e)

mai 2025 | Le Matricule des Anges n°263 | par Chloé Brendlé

Dans Départs de feu, vrai-faux journal intime, le poète et romancier Olivier Cadiot revisite sa chère solitude, et comprime pour nous le temps et l’émotion.

Départs de feu

Par quel bout prendre ces Départs de feu  ? Peut-être par la table des matières : chaque titre de chapitre est une mention temporelle, comme un journal intime, qui démarrerait le « 16 mars 2023 » et finirait au « Milieu de l’été 2024 », mais vrillerait entre-temps avec des dates fantaisistes « 30 mars 1544 », « Fin juin 1789 », ou très vagues, comme « Quelques jours plus tard », ou « Récemment ». Olivier Cadiot a l’habitude de détourner les modèles, pour mieux tordre son histoire personnelle et l’histoire tout court : de L’Art poetic’ (1988) à Médecine générale (2021) en passant par Histoire de la littérature récente, tome 1 et 2 (2016 et 2017), il a pastiché le manuel, l’ouvrage de développement personnel, l’autobiographie, le roman d’apprentissage… Ici, en une centaine de pages, il fabrique à partir de la forme du journal une sorte d’accordéon temporel, qui se jouerait dans la tête d’un narrateur souvent retiré à la campagne, dans une maison de famille pas toujours en bon état. « Je suis météo-dépendant. Je consulte une centaine de fois par jour le grand baromètre de l’entrée. », « Je n’ai jamais le courage de faire ce potager. / Chaque année c’est la même histoire », « Ce qu’il me faudrait ce sont des écrins en tout genre, pour protéger les objets que je collectionne en imagination. » Que l’on soit à la veille de la Révolution, au XVIe siècle ou « aujourd’hui », les saisons reviennent et les événements intimes se glissent entre les dates – le narrateur agit surtout en pensée. Départs de feu est un récit qu’on peut lire en le feuilletant, à la manière d’un recueil, ou en suivant sa vraie-fausse chronologie ; certes, il s’y passe quand même des choses, mais c’est surtout un livre sur la matière du temps.
À la suite de Barthes dans son cours La Préparation du roman, Cadiot est fasciné par les notes de l’auteur du Temps retrouvé. Romancier de la phrase longue, Proust était aussi dans ses brouillons un écrivain de l’épiphanie qui devra infuser, de l’intuition à déployer plus tard, de la petite note pour soi. Or ce que Cadiot recherche, c’est justement faire tenir ensemble le poème et le roman, l’encyclopédie et le détail, le moment et l’infini. L’enjeu n’est pas purement théorique ou formel, mais vital : comment rendre compte des intermittences du cœur, des anachronismes de ce qu’on ressent ? Comment décrire les traces de la disparition d’un proche ? Sans réduire ce livre dense à une seule clef qui expliquerait tout, on peut dire qu’il est aimanté par la mort d’une sœur. Cette ombre était là dans Un nid pour quoi faire (2007), comme celle d’un frère dans Retour définitif et durable de l’être aimé (2002) ou dans Un mage en été (2010). En quelques mots Cadiot concentre ici la perte – « Petite, for ever, disparue » Et venu de très loin, ce « Larmes. / Larmes. / Larmes. », qui tombe et trouble.
À contre-courant d’une mode de la transparence et du témoignage, Départs de feu est l’élégie singulière d’un esprit hyperactif qui évoque minimalement les « black dogs » de sa mélancolie tout en lançant des feux d’artifice d’images et de références, souvent déjà rencontrées sous une autre forme dans ses livres, qu’on ne peut pas toutes suivre, mais qui continuent durablement leur trajectoire dans notre imagination.

Chloé Brendlé

Départs de feu, d’Olivier Cadiot
P.O.L, 129 pages, 16

L’élégie, concentré(e) Par Chloé Brendlé
Le Matricule des Anges n°263 , mai 2025.
LMDA papier n°263
7,30  / 8,30  (hors France)
LMDA PDF n°263
4,50