Le monde est en feu et l’Amérique jubile. Celle du Nord, des tueurs d’Indiens et de bisons. Celle du business et du n’importe quoi. Celle du clown terrifiant, élu, réélu démocratiquement. Est-ce que s’immoler, fut-ce au cours d’une manifestation, devant la Trump Tower, c’est dresser un contre-feu à cette Amérique, quand on est jeune, queer et juif ? « J’ai vingt-sept ans et je promène mon regard à travers un rideau de flammes. Vingt-sept ans et j’ai toujours froid. Allumette en feu dans l’obscurité de cette ville figée à mi-journée. J’ai vingt-sept ans et déambule lentement dans une ville que j’aime tant et dont j’attends qu’elle m’aime en retour… » Le geste est désespéré. N’allons pas voir ici l’œuvre rédemptrice, condamnant le clown sinistre et tout son staff, plutôt l’évocation des affres à se construire dans un monde insensé ! Ezra, le héros narrateur, a très mal vécu la séparation de ses parents. Sa mère est partie alors qu’il était enfant et son père s’est réfugié auprès d’une communauté ultra-orthodoxe. Il y a aussi les amis, les amours, les emmerdes. Choisir sa sexualité, n’a pas été pour Ezra un véritable problème, davantage la qualité de ses relations, ses déceptions amoureuses, la violence de certaines et surtout une immense difficulté à afficher sa présence au monde, son hypersensibilité, l’impression d’avoir été maudit, poète maudit avant d’avoir été.
Sam Sax est un poète reconnu de la scène new-yorkaise, auteur de trois recueils. Les poètes ne font pas forcément d’excellents romanciers et vice-versa. Par sa forme éclatée, ses dialogues, ses odes, son utilisation de mythes, contes et légendes, ce premier roman qui s’intéresse plus aux formes qu’au fond des choses, se révèle convaincant. « Il est tard et je traîne mon corps hors de cet unique bar plus ou moins gay de la ville, avec aux pieds ma première paire de talons. »
Dominique Aussenac
T’es mort de Sam Sax
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Stéphane Vanderhaeghe, La Croisée, 256 p., 23 €
Domaine étranger T’es mort
septembre 2025 | Le Matricule des Anges n°266
| par
Dominique Aussenac
Un livre
Le Matricule des Anges n°266
, septembre 2025.
