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Domaine étranger Emmy en son jardin

janvier 2026 | Le Matricule des Anges n°269 | par Éric Dussert

Le dernier opus de la trilogie autobiographique d’Emmy Hennings ravive les couleurs de l’enfance de cette brûlante figure féminine du siècle dernier.

Serveuse, artiste de théâtre ambulant, activiste dada avec son époux Hugo Ball, cocotte, entraîneuse de cabaret, prostituée, il est difficile de définir Emmy Hennings (1885-1948) sans tirer la couverture sur un pan de sa vie tout en en recouvrant un autre. Son entreprise autobiographique en trois volumes entamée assez tôt – elle avait 34 ans et déjà vécu nombre d’avanies – démontre que la quête de soi, qui passait par la Prison (1919 ; Monts Métallifères, 2022) et la Flétrissure (1920 ; id., 2024) devait un jour aboutir à Fleur et flamme, texte d’une tonalité toute différente des deux premiers brûlots. Il faut se souvenir que Flétissure, par exemple, établissant la confession de ce qu’elle jugeait les ignominies de sa vie – et l’on est loin des révélations de L’Âge d’homme (1939) de Michel Leiris dont la pointe de taureau paraît tout à coup moins pointue… – révélait dans le même temps un accent très religieux où celle qui s’était prostituée en 1911 livrait son témoignage dans un climat de ferveur très prononcé où tout prenait des accents bibliques. Sa naissance était celle de « la chute d’un ange déchu d’avoir renié Dieu », son écrit une longue confession où elle se jugeait « criarde et crue ». Bientôt, en 1916, ce serait pourtant un atout dans le lancement à Zurich du Cabaret Voltaire où son talent fit des merveilles. Mais c’est bien longtemps plus tard, en 1938, c’est-à-dire dans sa maturité – elle a alors 53 ans – qu’elle livra Fleur et flamme alors qu’elle vivait en Suisse, veuve d’Hugo Ball disparu en 1927. Et là, soudainement, c’est l’ange avant sa déchéance qui jaillit dans les jardins de l’enfance, avec la flamme du désir, l’ardent besoin de vivre et de découvrir les êtres, leur environnement, leur paix.
« Falada attendait au portail du cimetière. Les gens étaient enterrés près de l’église, oui, tout près, tout près d’elle. Falada attendait là, enveloppé dans sa couverture de laine grise. Quelle agréable créature, ce Falada ! Il avait une flamme dans le regard, son âme peut-être, dont il ne savait rien. Je parlais avec Falada, mais je n’étais pas toujours certain de me faire comprendre. Ça ne fait rien, pas vrai, Falada ? Je ne te connais pas, je t’aime seulement. Alors il se frottait à moi. Il hennissait, se frottait. Suffit, suffit maintenant. Rentrons à la maison, au galop »
« Oui, c’était comme ça », ajoute-t-elle. La vie, la mort emplissent ces pages comme la personnalité unique d’Emmy Hennings. Emmy petite fille qui découvre comme l’on vit avec les autres et Emmy plus grande qui s’autonomise en abordant la vie professionnelle, sans se départir jamais de sa témérité, de son grain, de son instinct et de son énergie d’artiste. On ne lit pas sous sa plume une littérature commune, au point que l’on se surprend à penser qu’il faudrait peut-être imposer cette lecture à tout impétrant dans les choses des lettres… De l’audace, sinon rien.

Éric Dussert

Fleur et flamme, d’Emmy Hennings
Traduit de l’allemand par Sacha Zilberfarb, Monts métallifères, 328 pages, 21

Emmy en son jardin Par Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°269 , janvier 2026.
LMDA papier n°269
7,30  / 8,30  (hors France)
LMDA PDF n°269
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