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Poésie Porte à portes

janvier 2026 | Le Matricule des Anges n°269 | par Dominique Aussenac

À travers une galerie de tableaux, Véronique Gentil confronte son regard de poète à ses mots, ses ressentis de plasticienne.

Il est des peintres, des écrivains, des musiciens du silence. Des artistes discrets qui parviennent à l’apprivoiser, le décliner, presque le caresser, le peigner pour mieux le repenser (le repanser) et composer des tableaux incongrus, de singuliers livres d’heures, des musiques de l’âme… Véronique Gentil fait partie de cette communauté qui donne ainsi de l’écho au silence, elle affirme y avoir été conviée par la lecture d’Henri Michaux, explorateur de l’insolite, de sa vibration, peintre sous mescal d’hiéroglyphes, de pattes de mouches.
Depuis Les Heures creuses (Pierre Mainard, 2007), cette autodidacte, savoyarde installée dans la Vienne, enchaîne expositions et publications d’une demi-douzaine de recueils. Ses peintures invitent à plonger dans les ténèbres, à inventer, déceler, isoler des images, des présences souvent sombres, ocrées, abstraites, pariétales ; ses textes, presque des miniatures, apparaissent en suspension, précipités de sens, d’émotions, d’inquiétudes métaphysiques, le souci de la solitude, de la mort y étant de plus en plus présent.
Avec De quelques peintres, voici qu’elle nous ouvre les portes de son musée personnel. « On voit des portes au fond des portes comme en abîmes ou entre deux miroirs. » Vingt-cinq tableaux, dont un quart de maîtres flamands, également de Zurbarán, Goya, Cézanne, Hopper, Corot, Zhu Da ou Rothko… Seulement trois abstraits, quelques paysages, « Chaque événement éphémère de matière a été isolé. Minéralisé. Éternisé. Par la peinture on a tiré les paysages hors des lieux. » Des portraits uniquement de femmes aux regards étranges aussi fuyants que perçants, beaucoup de natures mortes. Vingt-cinq tableaux qui génèrent autant de corps-à-corps avec la matière, les couleurs et les formes. Vingt-cinq textes, non pas critiques ou exégèses, mais fragments poétiques très intimes, commentaires-questionnements sur le tableau, l’émotion qu’il suscite, les transitions qu’il opère, les métamorphoses qu’il offre, l’écart qui sépare ou unit les images des mots, le corps muet en miroir. « On regarde la peinture et la peinture équivaut à l’expérience de l’univers entier, de l’homme ouvert, autrement dit à la mort radicale intime du langage, et sans effort, cela se fait de soi, on s’élève naturellement ailleurs, où tout semble plus substantiel et où le corps vivant cesse comme un cadavre de peser. »
Le premier texte déverrouille une des portes peintes par Rothko. On ne la verra pas, question de droits, quasiment tous les autres tableaux sont ici superbement révélés. « Des portes et des portes sans solidité par où l’on s’en va au rouge, au bleu, au noir, au gris, comme à la fontaine, mais de quelque couleur qu’il s’agisse elle n’est jamais seule. D’où vient alors, cependant, qu’à la contempler on ait le grand sentiment de l’épure, du squelette minimal qui nous tient debout ? » Mais avant d’être squelette, l’os nu est recouvert de chairs. Dans les deux natures mortes qui suivent « Des viandes sautent aux yeux. » Chairs minérales, presque fossiles de Côtelettes et rognons (1865) de Théodule Ribot ou sanguinolentes chez Jean-Baptiste Siméon Chardin et sa Raie (1728) plus ambiguë dans la saynète très animée qu’elle met en scène. Écorchée verticale, suspendue à un crochet, la raie paraît cependant sourire tandis qu’un petit chat espiègle discute le bout de gras avec une huître béante. « C’est notre humanité que j’examine dans la raie semblable au revenant. » Dans la peinture suivante, Le verger blanc de Van Gogh (1888), il neige des fleurs sans que leur vision n’apaise. Devant le panneau des lions de la grotte Chauvet, ces mots : « Il faut entretenir le pressentiment de l’invisible et une harmonie avec le milieu. Peut-être. » Tout est dit dans ce peut-être.

Dominique Aussenac

De quelques peintres,
de Véronique Gentil
Pierre Mainard, 64 pages, 20 €

Porte à portes Par Dominique Aussenac
Le Matricule des Anges n°269 , janvier 2026.
LMDA papier n°269
7,30  / 8,30  (hors France)
LMDA PDF n°269
4,50