Dire le monde, c’est une façon de se dire aussi, d’y apprivoiser, y consigner notre présence. Frédérique Soumagne y cherche-t-elle sa place, explore-t-elle le mystère à être, chante-t-elle la vie ? Toujours est-il qu’elle l’investit ! De ses mains pariétales, à tâtons, en plasticienne, par écrit, de sa bouche en le proférant, de sa langue, de ses mots en jonglant, de sa mémoire, de son corps en les projetant en ombres chinoises sur le film rêvé de la vie… Née en 1970, vivant et travaillant à Bordeaux, elle a commencé par tirer des listes, donner des tissés de mémoire… Avec Extrait de la grande liste des personnes que j’ai rencontrées au moins une fois dans ma vie (Dernier télégramme, 2013) elle ouvrait son album photo fourmillant de fantômes, de trajets, d’instants, d’histoires. Extrait de la liste interminable des lieux, places, espaces et divers endroits rencontrés dans ma vie (2015) déployait une Carte du Tendre où les lieux se liaient, se reliaient à des émotions tels des neurones, formant une toile synaptique. Avec Écrire cuicui (2018), elle s’extrayait du liquide amniotique, de l’inconnu, grenouille darwinienne, sortait de la mare et racontait son, notre évolution.
Debout, avec Avions, elle rêve de voler ou plutôt écrit sur le rêve qui inventa le vol et cette période du siècle dernier où le rêve était encore possible et générait du mouvement, des inventions, du risque, de l’audace. Avec des mots simples, des mouvements de marées, des carambolages d’images, des souffles lyriques, elle tisse et détisse la légende de la conquête du ciel, à travers l’histoire de Charles Nungesser qui partit sur L’Oiseau blanc, un biplan, de l’aéroport du Bourget le 8 mai 1927 pour la première traversée de l’Atlantique et disparut.
« nous savons produire des éclairs et la foudre/ nous savons produire les arc-en-ciel/ soleil levant soleil se couchant la nuit nous savons fabriquer/ de la nuit sur la scène, et les éclairs et les orages, et nous savons/ chasser la lumière ».
Frédérique Soumagne, quelles relations entretenez-vous avec le volatil, l’aérien, l’oiseau ?
Quand j’étais petite fille, j’avais des poules naines. Je me suis beaucoup promenée avec des poules dans les bras ou sur les épaules. Il n’était donc pas question de vol. Mais je connais assez bien les oiseaux, je les observe, et j’ai beaucoup de livres. Je n’ai pas besoin de détailler leur énorme charge symbolique. Et je les vois surgir partout dans mes textes. Ils viennent tout seuls.
Avec Avions, avez-vous voulu écrire la légende des siècles de l’aéronautique ?
Elle s’est dessinée peu à peu. Au début j’avais cette histoire marquante, très simple : un avion est parti un jour de 1927 pour traverser l’Atlantique le premier, et il n’est jamais arrivé nulle part, on ne sait rien, il n’y a pas de fin à cette histoire. Puis j’ai compris que cet événement minuscule contenait de façon très condensée une époque entière de l’histoire de l’humanité, le...
Poésie Le dernier vol de L’Oiseau blanc
janvier 2026 | Le Matricule des Anges n°269
| par
Dominique Aussenac
Dans un poème fleuve, Frédérique Soumagne frôle les cieux, fouille les océans en entonnant le rêve de voler. ambitieux, mythique, épique.
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