La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
BP 20225, 34004 Montpellier cedex 1
tel 04 67 92 29 33 / fax 09 55 23 29 39
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Vous inscrire sur ce site Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Informations personnelles

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Essais Chasser le dragon

mars 2002 | Le Matricule des Anges n°38 | par Éric Dussert

Favorisé par l’extension coloniale, l’opium fut entre 1880 et 1914 une drogue très répandue ainsi qu’une source d’inspiration incomparable. Hallucinant.

La Belle Époque de l’opium

On n’ose imaginer ce que les Français des années 1880-1914 auraient pensé de l’actuelle campagne en faveur du cannabis. Ses maigres clapotis les auraient amusés, eux qui pouvaient s’en payer des tranches en toute tranquillité avec l’absinthe, la morphine, le haschich, l’éther ou l’opium, passe-temps fameux et passablement redoutables. Puis vint la guerre qui accorda d’autres motifs d’évasion massive et de tourments pénétrants. L’absinthe fut interdite en 1915 -Pontarlier s’en plaint encore-, la morphine avait passé de mode ainsi que le dawamesk, ils furent remplacés par le chandoo introduit en Europe par les Anglais -Sherlock Holmes en sait quelque chose- qui avaient pris goût à l’opium dans leurs territoires asiatiques, suivis de près par les coloniaux français et les gars de la Marine qui firent profiter de leur trouvaille fantasmagorique les prostituées de l’hexagone. Peu à peu, les milieux les plus divers, aisés néanmoins, en firent consommation. Charme de l’exotisme, l’opium avait une autre allure que le gros rouge au comptoir, un parfum inoubliable, une touche unique. « Chasser le dragon » était une activité certes déplorable mais autorisée au point qu’une mère bourgeoise pouvait initier sa fille aux mystères de la fumerie.
En 1984, Arnould de Liedekerke proposait une anthologie consacrée à « la littérature des intoxiqués » (René Dalize) accompagnée d’un essai captivant. La Belle Époque de l’opium reprise aujourd’hui avec une préface d’Olivier Frébourg et l’avant-propos de Patrick Waldberg rassemblait enfin un ensemble de textes littéraires conséquent sur le sujet qui soulignait la source d’inspiration formidable que fut pour la littérature fin-de-siècle les drogues de toutes sortes. Nerval déjà et Baudelaire avaient évoqué les paradis artificiels et les arts de l’époque ne cessèrent plus de se nourrir des divines extases des « mangeurs d’opium ». Xavier Privas chantait « Les Chimères sont des oiseaux/ Qui volent autour des cervelles/ Les Chimères sont des oiselles/ Qui volent autour des cerveaux » tandis que Maurice Rollinat déclamait « Oh ! fumer l’opium dans un crâne d’enfant,/ les pieds nonchalamment appuyés sur un tigre. » Passons. Mais avant de rire, songez aux grimaces des générations à venir lorsqu’elles jugeront notre goût de la télé, de la technologie, de la marque et autres démangeaisons stupides.
Chez A. de Liedekerke, aucune exclusive. Il accueille tous ceux qui firent l’éloge ou le commentaire des drogues. D’André Salmon à Roger Gilbert-Lecomte, auteur d’un Monsieur Morphée, empoisonneur public qui a reparu avec une superbe préface de Cédric Demangeot (Fata Morgana, 1999), les incontournables Jean Lorrain -que n’a-t-il testé ?-, Marcel Schwob, Maurice Magre, Laurent Tailhade (La Noire Idole, rééd. Mille et une nuits, 2001), Paul Bonnetain, Jean Cocteau ou encore Jules Boissière dont les Propos d’un intoxiqué (1890) passent, avec Le Livre de la fumée de Louis Laloy (1913), pour un texte fondateur. Ne manque plus que Théo Varlet, auteur de l’écrit attribué ici à Willy, qui osa contester dans Aux paradis du Hachich [sic] (Malfère, 1930) les sensations décrites par Baudelaire. Claude Farrère fut lui aussi un maître en la matière. Fils d’un militaire colonial et officier de marine lui-même, il fut remarqué en 1904 avec Fumée d’opium. Comme le rappelle Muriel Détrie dans la nouvelle édition de son recueil, Pierre Louÿs avait considéré que sa devise pouvait être « vie = rêve, opium = réalité ». Farrère mourut le 21 juin 1957 totalement ravagé par la « bonne drogue ». Les amitiés asiatico-françaises ont aussi leurs martyrs.

La Belle Époque de l’opium
Arnould de Liedekerke
La Différence
350 pages, 23 (150,87 FF)
Fumée d’opium
Claude Farrère
Mille et une nuits
127 pages, 2,50 (16,40 FF)

Chasser le dragon Par Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°38 , mars 2002.
LMDA PDF n°38
4.00 €