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Essais La ligne du refus

juillet 2003 | Le Matricule des Anges n°45 | par Thierry Cecille

Quittant le retrait et le silence où l’œuvre s’élabore, Maurice Blanchot, en témoin alerté, sut toujours affronter son temps. Les écrits engagés d’un "écrivain non politique".

Écrits politiques 1958-1993

En février 2003, Blanchot décède -c’est l’arrêt de mort, la mort, longtemps pensée, ainsi accueillie et tenue à distance, a rendu son arrêt. Il nous reste à le lire. Ses récits, ses textes critiques et théoriques sont un foyer central -obscur et cependant révélateur, soleil noir fascinant- du défunt XXe siècle. Mais il écrivit aussi, contemporain lucide, sur l’événement. Avant qu’il devienne cendres (mais « les paroles des Sages sont comme de la cendre ardente » - Talmud, traité Avoth), son ami Derrida discourt : « de tous ses engagements extrêmes, ceux d’avant la guerre, je ne les passerai pas sous silence, et, tout aussi ineffaçables, ceux de l’Occupation, de la guerre d’Algérie et du Manifeste des 121, ceux de mai 68, de toutes ces expériences politiques, personne n’a su, mieux que lui, avec plus de rigueur, de lucidité et de responsabilité, tirer jusqu’au bout les leçons ». En témoignent, en effet, les Écrits politiques réunis ici. Les dates qui figurent sur la couverture en limitent pourtant, d’emblée, le champ : 1958-1993 -rien donc de ses prises de position, selon l’expression vague de Derrida, d’ « avant la guerre ». L’engagement de Blanchot à l’extrême droite du paysage politique chaotique d’alors, ses choix conservateurs, nationalistes, du côté de Barrès et de Maurras, c’est chez Christophe Bident (Maurice Blanchot, partenaire invisible - Champ Vallon) qu’il faut aller tenter de les comprendre.
Les textes ici rassemblés (la plupart d’entre eux ont naguère été réédités dans divers numéros importants de la revue Lignes, sous le regard aigu, comme ici, de Michel Surya) nous conduisent de la prise de pouvoir par De Gaulle en 58 à un hommage ultime à Robert Antelme qui, dans les camps, « garda la vérité humaine dont il sut ne pas exclure même ceux qui l’opprimaient » -la Shoah, Bident l’analyse ainsi, semble avoir été, plus encore que la guerre, l’expérience qui provoqua l’abandon, par Blanchot, des ses idéaux de jeunesse, ou leur métamorphose bouleversée. C’est, dit Blanchot, en « écrivain non politique » qu’il écrit ces textes. Qu’entendre par là, au-delà du paradoxe, de l’oxymore même dont sa pensée est coutumière ? Il s’agit sans doute de contourner, de dépasser l’engagement sartrien : « dire « le monde » et tout ce qui a lieu dans le monde, mais en tant qu’écrivain et dans la perspective qui lui est propre, avec la responsabilité qui lui vient de sa seule vérité d’écrivain ». L’écrivain n’est pas détenteur d’un savoir, dans une position de surplomb intellectuel, ni mage ni prophète, il n’a que l’arme de sa tâche, l’écriture, et de ce qu’elle exige, en permanence, de lucidité et de dessaisissement.
Ce qui l’emporte donc, dans la plupart de ces pages, c’est, vibrant, le refus, dès lors que l’on est projeté -et ces mots résonnent étrangement juste en ces jours-ci- dans « une histoire grave, où tout se pervertit en une confusion malheureuse ». Face à De Gaulle, c’est le refus de ce qui se présente comme une souveraineté mais n’est en fait qu’un vide -non pas le Dictateur ou le Sauveur, mais « le Directeur, un être de caractère impersonnel, qui dirige, surveille et décide selon les nécessités de l’organisation capitaliste moderne ». De même, face à la guerre d’Algérie, « n’y a-t-il pas des cas où le refus de servir est un devoir sacré, où la « trahison » signifie le respect courageux du vrai ? » Refus enfin -mais cette ambition était sans doute trop neuve, inouïe et inaudible - de se limiter, en ce domaine, à une parole individuelle : Blanchot est en quête d’un « communisme de pensée ». Ce communisme (qui n’a plus rien de commun avec le Parti du même nom, qui, en 68, à nouveau se discrédite) devrait s’atteler, en prenant le risque de la forme fragmentaire et de l’anonymat, à une « critique d’ensemble, où toutes les structures de notre monde, toutes les formes d’existence de ce monde, viendraient dans un même mouvement d’examen, de recherche et de contestation » -ce sera le projet de la Revue Internationale comme du Comité d’action Étudiants-Écrivains.
Qu’il s’agisse de ces événements dont il fut témoin ou acteur, ou du génocide juif, à la fois « irreprésentable » et « immémorial », l’impératif est bien, sans cesse, de « se mettre lentement, patiemment, en question face à la question perdue qui n’est plus la même et qui le détourne de lui-même » -penser, écrire. Derrida : « Rien de ce qui aura inquiété le siècle passé (…) n’aura échappé à la haute tension de sa pensée et de ses textes ».

Écrits politiques
Maurice Blanchot
Lignes/Léo Scheer
190 pages, 17

La ligne du refus Par Thierry Cecille
Le Matricule des Anges n°45 , juillet 2003.
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