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Histoire littéraire Farce sur ordonnance

septembre 2003 | Le Matricule des Anges n°46 | par Pascal Paillardet

Honfleur, Alphonse Allais renaît dans un insolite laboratoire abrité dans la pharmacie où, dès son enfance, l’écrivain s’exerça à de distrayantes blagues chimiques et physiques.

Place Hamelin, à Honfleur, des maisons maigres d’épaules se froissent les côtes à quelques encablures du rivage. On y accède au pied à coulisse, on en sort tout ratatiné et froissé. Sous le pavillon de l’éminente Pharmacie du Passocéan, derrière une haute façade de brume dévorée par une ancienne réclame louant un méritoire « Remède contre le mal de mer », l’une de ces demeures effilées dissimule un prestige littéraire méconnu. Veillé par le propriétaire de l’officine, Pierre Baré, et son préparateur, Jean-Yves Loriot, l’esprit malin du concitoyen Alphonse Allais s’est furtivement réfugié sous cette noble enseigne.
Né à Honfleur le 20 octobre 1854, dans la pharmacie paternelle de la place de la Grande-Fontaine, aujourd’hui place Hamelin, Alphonse Allais, bachelier ès sciences, s’appliqua à une fantasque pharmacopée dans la boutique familiale. Rassasiant ses camarades de biscuits purgatifs, ou piquant leur curiosité en extrayant de ses poches des essaims de seringues en verre, le collégien, doué pour le métier, affola le voisinage tourmenté par ses expériences hardies et ses préparations vigoureuses. Interrompue en 1883, à l’aube de son cinquième examen, cette vocation de boutefeu pharmaceutique se révéla dans le laboratoire de Charles-Auguste Allais, s’affermit à Paris sur les bancs de l’École supérieure de pharmacie, avant de se dissoudre dans l’encre des salles de rédaction et l’absinthe des cabarets de Montmartre. Tenté par l’homicide « Quant à la clientèle, une forte partie était fauchée par un trépas prématuré », se souviendra Alphonse Allais lorsqu’il évoquera certains de ses stages, le praticien était pourtant talentueux. « En pharmacie comme en littérature, Allais se montre toujours scrupuleux », note son biographe François Caradec.
Dédié au cul-de-plomb Alphonse Alllais et à l’un des successeurs de son père, l’apothicaire Paul Demarais, le préparatoire de la Pharmacie du Passocéan bouillonne depuis 1999 de ces turbulences chimiques. Abordé par le chenal d’un escalier étroit comme une coursive, le « Petit Musée d’Alphonse Allais » renferme, malgré ses dimensions de renardière, quelques magistrales inventions de l’auteur des Œuvres anthumes, chroniqueur scientifique dans la revue Le Chat Noir dès 1882. Parvenus dans le grenier de ce mausolée, les patriotes, au moral en berne les jours venteux, se réjouissent de découvrir, sur une étagère en bois, une boîte remplie d’amidon bleu, blanc et rouge… À proximité, des boules de coton noir, destinées à calfeutrer les oreilles en deuil, sollicitent les tympans en souffrance. D’apparence inoffensive, une « clysopompe à hydropathe » menace de rendre imbuvable l’eau potable, tandis que des filtres prétendent assurer aux écrivains le prodige d’un style limpide… Des boulettes scélérates pour constiper les mouches, la copie du tableau monochrome « Récolte de la tomate, sur les bords de la mer Rouge, par des Cardinaux apoplectiques », un authentique fragment d’une fausse croix du Christ participent à cette heureuse résurrection. « Le seul fait de mon entrée dans une pharmacie déterminait les plus imminentes catastrophes et les plus irrémédiables, écrivit le conteur. Mon patron devenait rapidement étonné, puis inquiet et enfin insane, dément parfois. ». Avant d’aller voir ailleurs, du côté de la littérature, Alphonse Allais ; rejoignez-le.

Pharmacie du Passocéan 4, place Hamelin 14600 Honfleur. Tel. : 02.31.89.03.53

Farce sur ordonnance Par Pascal Paillardet
Le Matricule des Anges n°46 , septembre 2003.
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