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Histoire littéraire Sombres vannes

septembre 2003 | Le Matricule des Anges n°46 | par Éric Dussert

Trente auteurs pour une anthologie de l’humour sombre, nonsensique et désespéré. Des pépites de l’esprit.

Petites formes sombres

Spécialistes des « livres monstres », les éditions des Apagogistes (l’« apagogie » est le raisonnement par l’absurde) viennent d’ouvrir un « Magasin » et leur boutique est avenante. Cette compilation conçue par Frédéric Déjean et Yves Caro permet de profiter de leurs lectures hilarantes, déconcertantes et parfois même totalement déconnantes. Ce bric-à-brac raisonné des humours est une synthétique Babel où se mélangent l’Anthologie de l’humour noir d’André Breton (Le Sagittaire, 1940) et l’Anthologie du Nonsense de Robert Benayoun (Pauvert, 1957) et ce sous les auspices des Petites Formes en prose après Edison de Florence Delay (Hachette, 1987). Conçu comme une introduction à l’humour sombre, l’ensemble est convaincant. Trente auteurs s’y inscrivent de Sterne à Stevenson avec Brautigan, Guillevic, Lichtenberg, Panizza, de Andrade, Marinetti, ou Rostopchine, l’inoubliable auteur de Mes mémoires en dix minutes, auquel succède le Dostoïevski du Roman en neuf lettres. Rien qui n’ait été déjà publié en français cependant. Ce constat n’est pas une réserve car le volume permettra à chacun d’éradiquer ses lacunes. Peut-on vraiment, par exemple, lire un fragment de Robert Benchley sans se ruer chez le premier libraire commander L’Expédition polaire à bicyclette (Le Dilettante), La Vie périlleuse du chanteur de basse (Le Rocher) et Le Supplice des week-ends (10/18) ?
Le composé mêlant la manière courte elle peut aller jusqu’à l’épigramme dont la bible a paru récemment sous la plume de Dominique Buisset, D’Estoc et d’intaille (Belles-Lettres, 2003) et l’on sait quel génie Félix Fénéon le coi mit dans ses Nouvelles en trois lignes apparemment désinvoltes l’humour noir et/ou le nonsense est, en littérature tout au moins, un explosif surpuissant qui produit et des pépites et des abîmes. Pépites de l’esprit, abîmes de l’âme. Lorsque après Huysmans André Breton conçut en 1936 le mélange du Black humour anglais (riche en bile ou en mélancolie) et la force d’évocation du romantisme noir des années 1820, il forgea une manière dont le succès ne se démentira pas. La littérature française du XXe siècle lui doit beaucoup, et notamment les années d’après-guerre qui voient paraître la revue Bizarre. L’un de ses rédacteurs par ailleurs poète et journaliste à Paris-Match n’a pas échappé aux compilateurs du « Magasin » : c’est André Frédérique le remarquable. Né en 1915, pharmacien comme Alphonse Allais, Frédérique était bien placé pour additionner une goutte de non-sens au composé terrible de l’humour noir et à un certain sens du tragique. « Le Bon fils » est exemplaire. Phrases simples, mots directs. En arrière-boutique, le gouffre. André Frédérique qui fut aussi un être agréable se supprima en 1957. Les dents grincent. Voilà aussi pourquoi ses mots sonnent de manière plus subversive encore, plus drapeau noir. Ne contrediront pas ce propos « Le Marquis de Sade raconté aux enfants » (Mariën) ou le Daumal léger résumant ainsi son « Catéchisme » : « Cet abbé qui dit/ le Bénédicité/ est abasourdi/ de son abscondité. » après avoir fait dans Les Pouvoirs de la parole (Gallimard, 1993) comme Régis Messac (Quinzinzinzili, 1935) un sort au « Pater noster qui cueillait ses lis ». Où l’on constate que si le rire est toujours libérateur et parfois irrespectueux (tant mieux), sa portée métaphysique n’exclut pas le ricanement. Et c’est en ça qu’il est grand.

Petites formes sombres
par Yves Caro et Frédéric Déjean
Éditions Apagogistes et associés
(30, cours Honoré
d’Estienne d’Orves, 13001 Marseille)
432 pages, 23

Sombres vannes Par Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°46 , septembre 2003.
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