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Égarés, oubliés Parisot l’activiste

septembre 2003 | Le Matricule des Anges n°46 | par Éric Dussert

Réputé chez les anglophiles et les amateurs du romantisme allemand, Henri Parisot fut un traducteur exceptionnel doublé d’un militant passionné.

Correspondance avec Gisèle et Mario Prassinos

C’est un marin très vieux :/ Avisant trois passants, il arrête l’un d’eux ». Les vers introductifs du Dit du vieux marin de S. T. Coleridge sont inoubliables. La version livrée par Henri Parisot en 1948 a bénéficié de plusieurs éditions mais elle atteindra au chef-d’œuvre lorsqu’en 1966, le Club Français du Livre l’orne des gravures fabuleuses de Gustave Doré. Henri Parisot a alors trente ans de métier.
Puisque les dictionnaires négligent ostensiblement les grands traducteurs, il faut rappeler que Henri Parisot fut l’un des plus remarquables personnages de cette précieuse confrérie. Né à Paris en 1908, il avait chu très tôt dans la marmite littéraire, à l’époque de ses études au lycée Condorcet et à la fac de droit. En 1933, employé d’une compagnie d’assurances, il est déjà le fin lettré que rencontre René Char à la librairie de José Corti. Char le présente aux surréalistes. Il se joint à eux, co-signe quelques tracts entre 1935 et 1948 il est exclu en 1936 mais son affaire est ailleurs.
À considérer la bibliographie rétrospective qu’il donne hors commerce en 1975 (il disparaîtra peu après, en juin 1979), on découvre un passionné, un ébloui qui multiplie les traductions et les éditions sans relâche. Il rencontre Guy Lévis Mano en 1935 et lui donne deux ans plus tard sa première traduction de Kafka. La Tour de Babel inaugure une longue série de livres et plaquettes où s’inscriront les écrits de Melville, Leonora Carrington, Alberto Savinio, Poe et de ceux qui deviendront ses auteurs de prédilection, Coleridge, Lewis Carroll et Edward Lear dont on s’accorde à trouver ses versions aussi réussies qu’audacieuses. Il fallait assurément un sérieux grain de poésie pour rendre en français les astuces de l’extravagant Anglais. Absurde et merveilleux sont les sources où il se désaltère.
De ses deniers personnels, Parisot finance sa propre collection à partir de 1938. C’est « Un Divertissement » où prennent place Arp, Chirico, Péret, Scutenaire et Gisèle Prassinos. Les choses s’enchaînent ensuite naturellement. Sa collection « Biens nouveaux » entre au catalogue de GLM, puis les « Romantiques allemands » au Mercure de France. Viennent de fameuses revues : Les Quatre Vents (1945-1947), K, revue de poésie (1948-1949) et de nombreuses collections telles que « L’Envers du miroir » (éditions Robert Marin, 1948-1951), « L’Imagination poétique » (Arcanes, 1952-1953), « L’Envers » (L’Herne, 1971-1972). La plus prestigieuse s’intitule « L’Âge d’or », elle reste un fleuron de l’édition française. Transportée par son créateur de maison en maison, elle portera successivement la marque des éditions Fontaine de Max Pol Fouchet (1945-1947), Robert Marin (1948-1949), Éditions Premières (1950-1951) ou Flammarion (1964-1975) et se déclinera en quatre séries qui offrent une brochette unique de classiques : Hawthorne, Brentano, Hoffmann, Machen, Schwitters, Henri Michaux dont il est l’homme de confiance ou encore André Frédérique qui n’aurait pas publié sans sa pression amicale. Bien entendu, c’est Lewis Carroll qui se taille la part du lion. Parisot lui voue une admiration sans faille et lui consacrera, outre un numéro des cahiers de L’Herne (1971), une part capitale de son travail.
Habité par une ferveur probablement perceptible, Parisot est accueilli par Henri Molko. Celui-ci confie au trentenaire les éditions des Quatre Vents dès leur création en 1944 elles feront faillite en 1948 après avoir mis sur le marché des livres de Calet, Cocteau et Audiberti. Pour sa part, Gallimard lui proposera la librairie de La Pléiade en 1946 qu’il dirigera quatre ans durant. Nommé conseiller littéraire chez Flammarion en 1953, il poursuivra sa carrière en traduisant et diffusant ceux qu’il considère comme les précurseurs du surréalisme, soit les grands Anglais et les romantiques allemands.
Les lettres qu’il destine entre 1933 et 1938 à Mario et Gisèle Prassinos, la toute jeune poète dont il cornaque très efficacement l’activité pour le compte du groupe surréaliste, révèlent la puissance de son enthousiasme. Henri Parisot est animé par une foi électrique qui illumine quelques-unes de ses pages. « Je voudrais obliger les gens à s’enthousiasmer » écrit-il, ce à quoi il ajoute des propos d’une grande finesse critique sur la littérature et la poésie. Gide et Mauriac en ont les oreilles qui sifflent encore. En attendant la mise au point de sa bibliographie définitive par le libraire Maurice Imbert, il reste à saluer cet homme-livre dont l’énergie perpétuelle mériterait une biographie. Elle débuterait ainsi : It is an ancient translator

Correspondance avec
Gisèle et Mario Prassinos
Henri Parisot
Joëlle Losfeld
211 pages, 19,50

Parisot l’activiste Par Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°46 , septembre 2003.
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