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Poésie Les reflets de Sàmano

octobre 2004 | Le Matricule des Anges n°57 | par Emmanuel Laugier

Le livre de Virginie Lalucq glisse sur l’instant de mort d’un révolutionnaire mexicain pour méditer sur la mémoire inventive du poème.

Après un premier livre (Couper les tiges, Comp’Act) vraiment trop proche de l’écriture de Dominique Fourcade, la jeune poétesse Virginie Lalucq avance, avec Fortino Sàmano, l’un des lieutenants de Zapata, un poème en 40 pages d’une sobriété qui l’éloigne de ses modèles. Le livre, sorte de fiction décalquée sur le visage du révolutionnaire et faussaire, est suivi, jusque et juste empathie, de 71 pages où Jean-Luc Nancy approche attentivement la progression de ce scénario, finalement plus méditatif que narratif. De Fortino Sàmano, on sait qu’il fut immortalisé par la photographie d’Agustin-Victor Casanola quelques minutes avant son exécution. Cette photographie, décrite en quatrième de couverture, le présente souriant, cigare au bec, mains libres, dos au mur, sans bandeau, face à ses assassins. C’est ce que l’on nous dit, puisque la photographie n’est pas ici reproduite, comme ce fut au contraire le cas dans le livre d’Henri Deluy (Je ne suis pas une prostituée, j’espère le devenir, Flammarion). Ce n’est donc pas le statut de légende, la trace survivante d’une mémoire politique (comme chez Deluy) qui semble conduire Virginie Lalucq à Fortino Sàmano, mais le rapport imaginé entre la photographie absentée et son débordement par la langue. Langue que le poème appelle dans un vers tout entier reversé dans de petits blocs de proses, parfois slachées (/…/) de n’avoir pas pu se couper. La question qui se pose alors à nous est de savoir que peut faire un poème d’une photographie qu’elle ne traite pas en tant qu’archive, en tant que trace politique, qu’elle ne montre pas, mais dont elle ne cesse pourtant de parler, allant jusqu’à imaginer la parole de Sàmano. Que fait-il ? sinon commencer par ne pas dupliquer son sujet en le mimant, cigare ou pas à la bouche, ne serait-ce, peut-être, que pour tenter d’inclure la trace politique de l’événement dans une politique du poème…
Ainsi ce chassé-croisé entre la reproductibilité impossible de l’image et la perpétuation d’une résistance possible du poème face aux discours, conduit Virginie Lalucq à déployer, en filigrane, des questions de poétiques à mesure même que le poème y invente sa propre mémoire : « Au début, je n’ai pas bien saisi : il me semblait qu’une courte phrase aurait pu, aurait dû suffire, suffire, mais rien n’est suffisant : le négatif est sous-exposé. Le temps que je comprenne qu’il me faudrait photographier dans l’obscurité ce, sans flash et la lumière s’était déplacée », écrit-elle, sans que l’on sache si l’écriture y photographie sa démarche ou si le photographe, en arrière-plan, en note plutôt le souvenir dans son carnet. Ces permutations, constantes dans ces pages, sont les quelques ressorts qu’elles moulinent tout du long. Déjà, la première semble donner la parole à Sàmano lui-même : « Combien mes bourreaux étaient-ils/ charmants », quand la cinquième y parle de la suspensive fumée de son cigare et de la vitesse des balles, de la chute de son propre corps, et, plus tard, « Effet massicot de l’image » ?, la permutation des rôles se marque d’un effet d’absorption : « Et l’ombre était devenue Fortino et j’étais l’ombre suivant son ombre suivant mon ombre devenue Fortino. » De son côté Jean-Luc Nancy cherche, en suivant sur ses bords les poèmes, une « prise instantanée dans un morceau d’image ». Il lance un « sans commentaire » et utilise lui-même les effets du sampleur pour écrire en marge sa propre pensée du poème. Ainsi chacun apprend ici à lire, d’une image lointaine, réécrite, à l’invention d’un phrasé pour le poème lui-même : « avril je ne savais pas, mai j’appris, juin je notais ». On ne pouvait mieux dire.

Fortino Sàmano
(Les débordements du poème)
Virginie Lalucq/
Jean-Luc Nancy
Galilée, 128 pages, 18

Les reflets de Sàmano Par Emmanuel Laugier
Le Matricule des Anges n°57 , octobre 2004.
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