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Poches Fado pour Pékin

janvier 2006 | Le Matricule des Anges n°69 | par Lucie Clair

Quand le Portugal n’avait pas d’autre frontière que celle de l’imagination… Un écrit de jeunesse échevelé et au cocasse doux-amer de Miguel Torga.

Senhor Ventura

Originaire du rude pays de l’Alentejo, Senhor Ventura, jeune paysan curieux et impulsif profite de sa conscription et de son affectation à Macao pour se jeter dans les bras d’une Chine chaotique. Déserteur, trafiquant, vendeur d’armes, assassin, le Portugais « errant(s) du monde, capable(s) ici et là du meilleur comme du pire », voit sa fortune se faire et se défaire, s’endurcit dans les bas-fonds, ressurgit au grand jour, s’humanise au contact d’un compère aux allures avouées de Sancho Pança, quand lui-même « n’a pas la folie mystique du Chevalier à la Triste Figure, et n’est pas chaste. » Les épreuves le dégrossissent, l’aiguisent, le peaufinent mais le sera-t-il assez pour garder auprès de lui Tatiana, la Russe volcanique au passé trouble qu’il épouse malgré les conseils de son compatriote ? Que faire de sa vie dans une Chine en proie à la guérilla et aux prémices de la révolution communiste ? À quoi mène d’en découdre à l’autre bout du monde, quand la chair reste enracinée dans la terre et qu’on ne s’attarde plus à la contempler ? Comme pour échapper à ces questions ou mieux les devancer, Ventura mène sa vie à un train d’enfer, ne recule devant aucun défi au besoin, n’hésite pas à s’en fabriquer, apprend à lire pour se rapprocher de son fils, construit un laboratoire d’héroïne sans rien connaître à la chimie et s’embarque pour de nouvelles utopies dévastatrices et truculentes. « Parfois le plan ne s’avérait pas aussi parfait. Le hasard se mettait en travers, et faisait d’un crépuscule de brise et de calme plat un moment traversé de coups de feu et rayé de traînées de sang. A son poste alors, Senhor Ventura semblait défier la mort. » Quand la Chine cesse d’être le giron indulgent abritant ses forfaits et l’expulse, son retour au pays devient l’occasion d’une nouvelle naissance. Mais Ventura, sans jamais perdre espoir dans la puissance de l’homme à modeler son destin, est d’abord un « hôte de la vie », et s’il lui faut « naître et mourir fidèle aux jambières de cuir, à la veste de mouton et à l’humus chaud de la plaine, c’était, finalement, un grand destin. »
Le roman de Miguel Torga est de la même trempe impétueux, radical, décalé, foncièrement rebelle et direct fidèle au style lapidaire de ce grand nouvelliste. Par ses péripéties mordantes et tumultueuses, tendresse et tristesse indissolublement liées comme dans un fado, Senhor Ventura octroie la part de l’illusion au déroulement d’une vie, libère la fraîcheur d’un pur émerveillement et donne la dimension des aspirations les plus humbles comme les plus folles qui sommeillent en chacun. « Dans sa personne, je mets la réalité de ce que je suis et la nostalgie de ce que j’aurais pu être » annonce Miguel Torga, qui migrait à l’âge de 13 ans au Brésil pour y travailler la terre avant de revenir au Portugal suivre des études de médecine. Il exercera toute sa vie à Coimbra, tout en autoéditant ses livres, plus par souci d’indépendance que par défaut d’éditeur. Car Torga, disparu en 1995, était un être de liberté, voix et conscience du Portugal, pays « tragiquement fermé à tout ce qui n’est pas se regarder et se résigner », et que ses écrits consignèrent à résidence sous le régime salazariste. Son œuvre en France est liée au nom de Claire Cayron, sa traductrice, fidèle passeur qui nous offrit l’accès à ses rives fraternelles et clairvoyantes.
En 1985, dans la préface à la réédition de Senhor Ventura au Portugal la première parution date de 1943 Miguel Torga avouait avoir voulu « l’oublier et qu’on l’oublie ». On ne peut que se réjouir qu’il ne l’ait pas renié, tant il incarne avec brio ce credo de l’auteur : « Vivre, il n’y a pas de plus belle issue. Vivre jusqu’aux limites de ses forces en donnant à chaque cellule en panique l’illusion de l’espérance. » (En chair vive)

Lucie Clair

Senhor Ventura
Miguel Torga
Traduit du portugais par Claire Cayron
José Corti, « Les Massicotés », 128 pages, 8

Fado pour Pékin Par Lucie Clair
Le Matricule des Anges n°69 , janvier 2006.
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