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Poésie Amer et délectable

juillet 2010 | Le Matricule des Anges n°115 | par Richard Blin

Revisitant la légende tristanienne, Gérard Cartier montre combien elle est encore vivante dans les méandres de son cœur comme dans l’irréductibilité de certaines âmes.

Manifestement né des surprenantes conjonctures du hasard - « L’étrange essai du Tristran qui avait surgi tout à coup au milieu du Hasard » (Obsidiane, 2004), lit-on, p. 137 du Petit séminaire (Flammarion, 2007) - le dixième livre de Gérard Cartier relève d’une longue maturation. Ce qui ne devait être qu’un conte amoureux ébauché par la mélancolie - « Je m’accordai d’instinct à la légende, de vieux livres sur les genoux, exhumant des sentiments perdus, le corps qui court ébloui vers sa joie » - a proliféré, est devenu ce Tristran qu’il nous donne aujourd’hui.
En cinq parties et treize séquences, c’est la matière d’Irlande qui est revisitée par un poète qui la connaît très bien puisque traducteur de Seamus Heaney, prix Nobel de littérature 1995. Une terre divisée où deux lignées, deux histoires, deux cultures se côtoient et s’affrontent de façon plus ou moins sourde ou violente selon l’époque. Larmes et douleur, sang et mort que le nom de Tristran tente ici de conjurer. Mêlant la passion politique aux mots aventureux de la légende et aux souvenirs personnels, c’est le mythe et le réel, le défi et l’intime, le rêve et l’absolu que Gérard Cartier parvient à concilier.
De cette légende dont les racines celtiques se perdent dans la nuit des temps, ne nous sont parvenus que des fragments (Béroul, Thomas) dont rien ne nous indiquent, soit dit en passant, qu’il s’agit des parties les plus belles, puisque seul le hasard - encore lui - a présidé à leur survie. Ces bribes, Cartier les ajuste, les transpose, en distille le charme et la force, en retrouve la musique et les silences. C’est intense et prenant, grave et beau comme un feu dans la nuit. Conjuguant l’ambivalence de toute passion à la magie de l’imaginaire - et usant d’une grande variété de vers, du distique au vers troué de blancs qui ponctuent la phrase -, il dit l’engagement et l’amour sanctifiés par ce qui les scelle, et donne voix à tout ce qui chez Tristan - ou Tristram, la forme qu’utilise Béroul - et chez Yseult, appelée ici Ysé, peut encore nous parler et nous atteindre au plus profond.
Une histoire qu’il rêve et qu’il revit et célèbre à sa façon - « O s’éprendre à nouveau agenouillé/Dans la terre molle et louer les amants » -, ranimant et rendant à leur belle folie « ceux dont les lèvres troublent l’eau/Et qui ne peuvent apaiser leur soif », ceux qui ont bu le « lovedrin » et que rien ne pourra plus séparer, qui « vont ensemble affamés », qui « se donnent et chérissent leur faute », et dont la vie est « une épine odorante » livrée aux passions élémentaires.
Ni faute ni châtiment, l’amour est comme une ouverture sur « l’Autre monde », une façon de revenir aux vertus primitives des débuts, du Jardin premier, à cette enfance de l’amour, à l’or voluptueux des corps en gloire avant que « la joie dévorante » n’enfante la douleur et qu’à l’été succède l’hiver. « Oh Ysé/Je te vois te défaire offerte aux vents/Souffrant pour moi sans gémir/Pour cette âpre volupté qui nous ronge et nous déchire. » Et Tristran de devenir Tantris (tant triste). Mais l’amour ne peut mourir ni être coupable parce qu’il ne peut y avoir de faute pour celui qui, en buvant le lovendrin, a bu l’amour.
Ne pouvant se déprendre l’un de l’autre, ce qu’Ysé sait - « Je ne suis pas Ysé si je ne sais te suivre » -, ils se rejoindront pour rouler « embrassés dans l’abîme », laissant le narrateur « perdu et vide d’âme semblable au comédien/Qui salue, les yeux vagues, la bouche sèche », lui qui a « éprouvé les deux désirs », a dialogué avec la légende pour y trouver l’écho du mystère de l’amour, et se retrouve seul, mais convaincu que l’amour est ce chant de la vie dont la poésie est l’être même et le signe.

Tristran de Gérard Cartier
Obsidiane, 120 pages, 15

Amer et délectable Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°115 , juillet 2010.
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