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Histoire littéraire Banal chez temporel

novembre 2015 | Le Matricule des Anges n°168 | par Éric Dussert

Contre la prolifération saturante du capitalisme rayonnant, la banalyse a ausculté le fade sans qualités.

Eléments de banalyse

Il y a eu Dada, le futurisme, le surréalisme, le situationnisme, la ‘pataphysique et l’oulipisme et il y eut la banalyse. On nomme parfois aussi cela le Mouvement banalytique mais il n’est pas certain que l’emphase qu’apporte la formule soit bien adaptée. La banalyse est, cela se conçoit et se suffit, et elle existe parce que le banal et le capitalisme coexistent.
Assez bien connue dans les milieux les plus affûtés de l’art et de la pensée contemporaine, il n’est pas certain que cette discipline soit parvenue à pénétrer toutes les couches de la population, même les plus attaquées par le banal. En notre « époque d’accélération et de saturation » (la saturation est une thématique extrêmement prégnante chez le banalyste), il s’en faut que nous soyons aptes à nous colleter le banal – et il est assez parlant de voir comment, collectivement, nous affrontons le vide et le silence pour comprendre que le banal lui aussi effraie.
En 2012, un film de Patrick Viret, Echangeriez-vous votre voiture contre deux Trabant ?, avait donné sur la banalyse un éclairage nécessaire. On y revenait sur l’aventure qui de 1982 à 1991 avait secoué (gentiment) un coin de centre de la France le long de la ligne SNCF Montluçon/Clermont-Ferrand. C’est là, aux Fades, toponyme choisi tout exprès, que le premier Congrès ordinaire de banalyse avait eu lieu du 19 au 22 juin 1982 dans une halte ferroviaire jouxtant le viaduc. Cette « campagne d’observation du banal » n’avait qu’un objet : attendre les congressistes. En 1996, le Britannique Julian Barnes eut cette parole définitive sur le principe de ces congrès : « L’essentiel en l’occurrence est d’être accueilli à la gare : présence vaut contribution. » Chaque 3e week-end de juin, le banalyste se rendait donc aux Fades pour y attendre ses collègues, un Cahier de banalyse paraissant le mois précédent. La première année, ils ne furent que deux…
Si « un banalyste est un homme tranquille », il n’en reste pas moins un agent actif et plein d’imagination, un enfant des contestations des deux-Mai (1968 et 1981) et d’un militantisme politique vécu de plus en plus difficilement contre un capitalisme de plus en plus rayonnant, envahissant, « produisant ». Comme en témoignent les deux fomenteurs de la banalyse, Pierre Bazantay, spécialiste de Raymond Roussel, et Yves Hélias, tous deux universitaires, dans un monumental ouvrage recueillant les traces les plus formelles de cette aventure collective, Éléments de banalyse, les choses démarrèrent ainsi : « Un jour, où nous nous ennuyions, ni plus ni moins que d’ordinaire, mais où nous étions, sans doute, décidés à ne plus être dupes des moyens par lesquels nous trompions l’ennui, nous eûmes une idée. (…) Il s’agissait de séjourner quelques jours dans un petit hôtel, en face d’une petite gare, pour y constater ce qui s’y passait. Le bilan de l’expérience fut tel que nous avons décidé de la reconduire tous les ans (…). D’un point de vue extérieur, il est tentant de réduire ce jeu à une plaisanterie ou à une réminiscence surréaliste tardive. En le pratiquant, nous avons, quant à nous, été surpris par ce qu’implique pour la pensée sa confrontation au dérisoire. Nous avons appelé Banalyse l’agitation mentale, encore assez confuse, que provoque cette expérimentation peu raisonnable, mais exigeante, d’une réalité sans intérêt, mais problématique. Qu’on n’imagine cependant pas que ce terme recouvre un quelconque contenu de savoir : est banalyste celui qui, ayant eu vent du Congrès de Fades, a été fortement tenté d’y venir. »
C’est devant le rayon de lessives d’un hypermarché de Rennes qu’est née l’idée banalytique avant de se délocaliser aux Fades « Parce qu’il y avait un hôtel, une vallée qui était une scène. Et surtout rien de culturellement consommable. Notre seule musique, c’est le grincement du portillon de la gare et le carillon de l’hôtel Chaffraix-Faure. (…) nous n’attendons pas de merveilleux ». Le banalyste n’attend effectivement que le train. À Branik, en banlieue de Prague, il a étendu sa sphère d’influence en attendant un tram. Durant neuf minutes, une fois par an.
Marie-Liesse Clavreul et Thierry Kerserho, les éditeurs du présent volume rétrospectif préviennent d’emblée : « le lecteur ne trouvera ici ni récit documenté ni discours savant sur le sujet, ce genre d’offre de médiation nous ayant paru contrevenir tout à la fois au style des mises en jeu que la banalyse avait elle-même pratiquées et aux modes de confrontation au réel auxquels elle invitait. » Il s’agit donc bien de documents retraçant l’histoire du mouvement et ses impasses, comme la somme des « virtualités collectives prometteuses » que représente cette passionnante expérience en terre banale.
Éric Dussert

ÉlÉments de banalyse - Édition de Marie-Liesse Clavreul
et Thierry Kerserho, préface de Pierre Bazantay et Yves Hélias,
Le Jeu de la règle, 604 pages, 38 www.lejeudelaregle.fr

Banal chez temporel Par Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°168 , novembre 2015.
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