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En grande surface De l’avantage d’être Nay

janvier 2020 | Le Matricule des Anges n°209 | par Pierre Mondot

C’est avec un peu d’embarras que Catherine Nay observe l’agitation des masses autour de la réforme des retraites. Pour celle qui commente avec un sérieux inentamé l’actualité politique depuis plus d’un demi-siècle, la notion d’âge-pivot défie l’entendement. La journaliste aura traversé l’intégralité de la Ve République sans signe d’érosion majeur. Elle s’affiche encore aujourd’hui sur les écrans parée du même masque de cire qu’au temps où Valéry Giscard d’Estaing incarnait la modernité et l’avenir du pays. Le petit balai qui lui tient lieu d’échine paraît imputrescible. Mais quel est son secret ? Aurait-elle conclu quelque win win avec le diable ? Boit-elle en cachette le sang frais de nos parlementaires ? Nenni, répond Nay avec modestie, c’est une simple illusion. Le truc consiste à se modeler très jeune une tête définitive, de maquiller son visage en effigie. Elle le tient de Françoise Giroud, qui conseillait de garder « à la nuance près la même couleur de cheveux et la même coiffure toute sa vie (…) pour qu’on ne vous parle pas d’âge. »
L’ancienne éditorialiste d’Europe 1 livre pour Noël le premier volume de ses mémoires : Souvenirs souvenirs… Difficile de trouver plus pauvre titre que ce refrain de Johnny, mais enfin ça reste une idée cadeau d’autant que l’année dernière, rappelle-toi, ta tante n’a pas ouvert ses chocolats. Le récit commence un été, à bord d’un train. Catherine a 7 ans et observe avec fascination une jeune femme élégante fumer à la fenêtre de la voiture : « Humant avec délice le parfum de tabac blond qui se répandait dans le wagon, je l’admirais. » La petite fille, convaincue que « cette apparition » exerce la profession de journaliste, proclame aussitôt sa vocation. À elle la carte de presse et ses mirifiques attributs : les robes légères et les cigarettes américaines, la mèche souple et le teint hâlé.
Catherine grandit à Périgueux mais un peu trop : sa taille la complexe, la ville est basse et on la raille, elle part pour Paris (vertige pascalien : si Nay avait été plus courte…). À partir de là, l’histoire politique prend le dessus sur l’histoire personnelle. Il faut dire que dans la vie de la jeune échotière, ces domaines désormais se chevauchent. En mai 1968, pendant que ses congénères s’empoignent avec les forces de l’ordre, Catherine tombe dans les bras d’Albin Chalandon, ministre de l’Équipement et du Logement, député des Hauts-de-Seine, marié, trois enfants. Le Nagra pesait un âne mort, elle pratiquera le job en immersion. Parfois à l’extérieur : « Ce mardi 2 avril, nous dînions au Récamier, comme souvent en compagnie d’Antoine Riboud et de sa compagne Michèle, qu’il appelait “P’tit minou” ». Parfois, à domicile : « Albin l’avait invité à dîner à la maison avec Bernadette. Aïcha avait mitonné un couscous très réussi. »
Tout n’est pas rose, au début, avec son concubin. Notamment quand Cathy découvre que le perfide Albin porte en douce son linge sale à la bonne conjugale au lieu de les confier à la sienne. Scène. L’infidèle renonce à son odieux manège et cesse d’exfiltrer ses chemises. L’amour est à ce prix.
Malgré cette proximité avec le pouvoir, Nay reste indépendante. Et lorsqu’en 1995, à la fin d’un déjeuner à Matignon, Elkabbach interroge Balladur sur ce qu’il peut faire pour l’aider, la servilité de son confrère la heurte : « Mais Jean-Pierre est comme ça, toujours mû par un besoin des connivences avec les hommes au pouvoir ».
Lorsqu’elle est engagée à Jours de France (après Zitrone) pour rédiger le portrait politique de la semaine, Marcel Dassault, le patron, lui fixe la ligne éditoriale du magazine : « vous serez gentille avec la droite. (…) Vous ne serez pas désagréable avec la gauche. » Facile. Car la journaliste n’a pas attendu Macron pour transcender les vieux clivages idéologiques. Selon elle, la classe politique se divise entre bien et mal-élevés. Et à gauche, avouez qu’ils sont moches : « (…) des profs, encore des profs (…). Reconnaissables entre tous à leur vêture : gros pulls de laine, jeans ou costumes de velours côtelé, et toujours pourvus de barbes… » Tout se joue sur la mine ou la mise. Poher sera disqualifié pour une tache d’omelette sur la cravate. Mitterrand, « mal fagoté » lui semblera à jamais suspect.
Catherine Nay ouvre au lecteur les portes du pouvoir mais lui désigne à l’entrée les patins. Rien, dans ces Mémoires, qui menace les fondations de la République. À moins que. Deux révélations sur le Général. D’abord cette parenthèse priapique au Liban, en pleine guerre, et une portée d’enfants illégitimes laissés derrière lui. Cette anecdote inédite, ensuite : au cours d’un voyage dans le Pacifique, apercevant un troupeau d’ovins, l’homme du 18-Juin se tourne vers son directeur de cabinet et lance : « Guichard, à deux sur un mouton, ça doit être formidable ! »

De l’avantage d’être Nay Par Pierre Mondot
Le Matricule des Anges n°209 , janvier 2020.
LMDA papier n°209 - 6.50
LMDA PDF n°209 - 4.00