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Poésie La voix du voir

janvier 2021 | Le Matricule des Anges n°219 | par Richard Blin

Au gré d’une inspiration à la fois complice et indépendante, Esther Tellermann vient habiter les figures du peintre Claude Garache. Une mise à nu qui requiert par sa singulière beauté.

C’est suite à plusieurs visites à l’atelier et au domicile de Claude Garache qu’Esther Tellermann a écrit et composé Corps morcelé. Souverainement simple mais brûlante et énigmatique, l’œuvre de ce peintre se déploie essentiellement autour du nu féminin, de sa densité physique et de son aura. Que ce corps toujours à naître, jamais figé, ce corps où se noue le rouge secret des origines, et que cette tentative perpétuellement recommencée de peindre la chair aient appelé les figures de mots d’Esther Tellermann ne saurait surprendre.
Ce corps, ces figures de femmes comme suspendues entre ciel et terre, Esther Tellermann en fait une matière à partir de laquelle se met en mouvement tout un monde sensible. Aventure intérieure, la peinture comme la poésie commence dans la lumière de l’atelier avec les gestes du peintre, leur dialectique vivante relançant la figuration autant qu’ils la défient. « Il voulait que/ le corps manifeste/ l’évidence/ révèle le dehors/ par ascèse et/ éblouissement/ un point du ciel/ où convergent/ les lointains/ les lieux du monde/ dans la paume/ les volumes/ en un seul/ qui luit/ modèle/ la stupeur. » Stupeur qui fait de l’œuvre un événement qui persiste, ouvre des sentiers, suscite le poème, appelle l’incarnation. S’affranchissant du cadre, ce corps – vulnérable, mortel, animal ou héroïsé – nous entraîne au-delà de nous-mêmes. « Vois/ elle répand la/ musique/ et le soir/ rassemble nos regards/ sous ses frissons/ d’ambre/ nous emplit de/ légendes/ et de/ patience/ de lenteurs/ et de crépuscules. »
Accueillant ce qui vient à la présence à travers chaque pose, chaque posture, le poème s’ouvre à leurs virtualités, à leurs résonances, à leur magie suggestive. « Cuisses et nuques/ avancent exacerbent/ l’implosion/ puis creusent/ une aube qui revient/ avec la chaleur/ de l’autre devinée/ sous l’aisselle/ là palpitent des/ chemins/ de forêts bleues. »
Entre distance et immersion, et par le biais du trouble créé par le recours à toute la gamme des postures énonciatives – le « je », le « nous », le « vous », le « il », le « elle » –, Esther Tellermann libère le visible, fait advenir, derrière ce qui se donne à voir, l’infiguré, tout ce qui relie les sens et le sang, la violence sacrificielle de l’amour et « l’argile/ vierge de l’histoire/ de la première forme », tout ce qui fait du corps le lieu géométrique de toutes les émotions que l’on croyait perdues. « J’avais fui/ les vins d’or et/ les grappes d’étoiles/ pour saisir encore/ une peau qui/ tremble/ votre soif et votre/ peur/ et vos mains nues/ où je m’endors. »
Derrière ces corps qui modulent à l’infini leur manière de paraître, suggèrent la flamboyance impudique des légendes noires de l’amour, c’est à tout ce que trament les fils croisés du désir et de l’évidence, du feu et du féminin, que s’abouchent les poèmes d’Esther Tellermann. Depuis l’effusion désirante du peintre jusqu’au destin universel de toutes les femmes vivifiées et/ou crucifiées par le désir de l’homme. « Ariane fut-elle/ rugueuse ou/ douce/ qui l’abandonne ?/ Qui la laisse/ creuser le sable et/ la blessure/ attendre les psaumes/ les clartés/ qui l’écartèlent/ les lunes blanches/ où s’engloutir ? »
Un livre où corps et espaces rêvent de rendre le monde à l’écume de grâce d’une beauté trouant tous les pourquoi à travers le corps d’une femme qui serait toute la nature et comme l’irruption de l’infini au sein de l’immédiateté du sensible, au cœur de « l’instant qu’irradie/ la durée ».

Richard Blin

Corps rassemblé
Esther Tellermann
Éditions Unes, 128 pages, 21

La voix du voir Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°219 , janvier 2021.
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