La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
ZA Loup à Loup 83570 Cotignac
tel ‭04 94 80 99 64‬
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Domaine étranger Le cinéma en passante

mars 2025 | Le Matricule des Anges n°261 | par Jean Laurenti

Dans le récit de ses années anglaises, Lorenza Mazzetti (1927-2020) revient sur une période où elle s’est engagée sans moyens dans la réalisation de films et a participé à l’éclosion du Free Cinema.

Dans Le Ciel tombe, publié en 2024 Lorenza Mazzetti revisitait selon un mode narratif original et saisissant le traumatisme de la guerre au cours de laquelle sa famille adoptive avait été assassinée par l’armée allemande. Épargnées parce que non juives, les deux sœurs ont ensuite vécu ensemble à Florence dans un grand appartement donnant sur l’Arno. Un été du début des années 1950, Lorenza décide de partir en Angleterre, avec un groupe d’étudiants, pour ce qui devait être un travail saisonnier dans une ferme des environs de Londres. Le programme prévu va connaître une série de déraillements dus à l’inaptitude de Lorenza aux tâches physiques ou pratiques. Ce qui va provoquer son renvoi de la ferme et compliquer sa survie dans la métropole. D’autant qu’à l’absence de revenus s’ajoute celle des subsides familiaux : le tuteur qui gérait l’héritage des deux sœurs Mazzetti et dont elle attendait un mandat a dilapidé tout ce qu’elles possédaient dans des affaires foireuses.
La faim et l’épuisement feraient cependant un tableau incomplet si elle n’avait de surcroît à subir les assauts de mâles dans les rues ou les cinémas où elle trouve parfois refuge. Mais comme dans les contes ou certains films de Chaplin, surviennent parfois des retours de fortune, telle cette scène où elle se retrouve jetée à la rue : « Il pleut sur moi et sur toutes mes affaires. Les gens passent et ne m’adressent pas un mot. Je m’aperçois que, bizarrement, il ne pleut plus. En fait, il y a un grand parapluie ouvert au-dessus de moi. C’est un jeune japonais immobile qui sourit (…) et sans dire un mot prend ma valise et s’en va. Je le suis sans parler. »
Lorenza aborde la réalité à travers le prisme de son monde intérieur. Attitude propice aux accidents de parcours, parfois heureux. Ainsi, sans avoir rempli aucune des conditions nécessaires, la veille du début des cours, parvient-elle à se faire admettre à la prestigieuse école des Beaux-Arts de Londres. Au culot, et parce qu’elle est « un genio », un génie, comme elle le dira au directeur de l’établissement pour le convaincre. Parmi les étudiants, elle fera la connaissance de futurs grands artistes, dont Lucian Freud ou encore Michael Andrews, peintre qu’elle convaincra de jouer dans ses films. Car c’est décidé, elle va faire du cinéma, un art dont elle ne sait rien mais dont la nécessité s’impose à elle. Pour cela, il suffit d’emprunter sans autorisation le matériel de prise de vue de l’école, d’investir des locaux, de diriger quelques comédiens recrutés à la volée puis de convaincre le laboratoire voisin de développer les bobines aux frais de la direction. Et enfin de bricoler le montage dans sa chambre, sous le regard sombre et réconfortant de Franz Kafka, dont elle a accroché le portrait au-dessus de son lit. « Lui est moi nous avons un point commun. La terreur. » De fait, son film est une adaptation de La Métamorphose, une œuvre et un auteur alors quasi inconnus. Présent dans l’assistance au cours de la première projection à l’Université, Denis Forman, le directeur du British Film Institute, va lui offrir la possibilité de réaliser un autre film dans des conditions moins acrobatiques. Lorenza a déjà un sujet et se met tout de suite au travail. Partie en repérages, elle s’enfonce dans le brouillard pour explorer l’East End londonien, s’y perd mais trouve le paysage urbain qu’elle cherchait. Elle posera sa caméra entre les docks et les rues encore éventrées par les bombardements allemands.
Entre réalisme social et parabole de l’exclusion, Together va s’attacher aux personnages de deux dockers sourds-muets, persécutés par les enfants du quartier. Elle ne peut se douter qu’elle est en passe de créer une des pièces de l’avant-garde du cinéma britannique. La rencontre avec le critique et metteur en scène Lindsay Anderson (Palme d’or à Cannes en 1969 pour If…) qui va l’aider à monter son film, l’entraînera dans l’aventure collective et amicale du Free Cinema où elle côtoiera également les futurs grands réalisateurs Tony Richardson et Karel Reisz.
Co-signataire avec eux d’un manifeste qui va ouvrir la voie au cinéma indépendant et à toutes les nouvelles vagues, Lorenza Mazzetti sera la seule du groupe à ne pas poursuivre une carrière de cinéaste. La fin de son récit la voit retourner en Italie et poursuivre son combat contre les démons intérieurs, « l’horreur dans les yeux ». Une quête de lumière qui passera notamment par l’écriture.

Jean Laurenti

Carnet de Londres, de Lorenza Mazzetti
Traduit de l’italien par Lise Chapuis,
La Baconnière, 19

Le cinéma en passante Par Jean Laurenti
Le Matricule des Anges n°261 , mars 2025.
LMDA PDF n°261
4,50 
LMDA papier n°261
7,30  / 8,30  (hors France)