Respirer librement, c’est se trouver au centre de l’existence, et comme au cœur d’une écriture de soi, qui rythme l’espace physique, corporel et mental de tout être vivant. C’est en effet bien ainsi qu’Arthur Scanu s’en explique dans sa postface : Second souffle a d’abord été publié hors commerce, à la suite d’une commande de Respiracteurs, association destinée à venir en aide aux personnes atteintes de bronchopneumopathie chronique obstructive, qui fut créée par son père, lui-même en lutte avec cette maladie depuis de nombreuses années. Il en ressort là cinquante-deux textes qui ne prétendent pas guérir « par les mots comme on soigne par le médicament », mais répondre à « la solitude vertigineuse de la conscience » par la « présence véritable » de l’acte poétique. Car, vivre avec une telle pathologie, cela signifie être handicapé jusque dans « la fonction du dire ». L’on voit ainsi à quel point l’espace littéraire s’impose telle une simple parole de vérité, aussi proche que possible du miracle espéré.
Ces textes magnifiquement ciselés s’énoncent à la manière non d’un diagnostic sans appel, mais bien plutôt d’un augure favorisant « la reprise de contact avec ce souffle, (…) qui est la source de toute vie, de toute poésie ». S’il est question de dire la maladie, d’en décrire également les troubles, c’est que celle-ci touche non seulement celui qui en est affecté, mais les plus proches, qu’il s’agisse de soignants, et d’accompagnants. Par l’adresse de son dire, par une forme de transitivité, les pronoms personnels je/tu/nous sont ici interchangeables, la maladie se voit conjurée, comme tenue à distance, dans l’esquisse d’un mouvement qui rend possible le regain de vie et de parole. Ainsi, peut-on lire : « si tu es resté / allongé / quelque part / que tu as passé des heures / à concentrer ta force sur ton souffle / c’est bien / tu as choisi de vivre / et si par chance tu as fait un peu plus / alors tu as déjà vécu très au-delà / de ce qui est normal ».
Aussi brefs soient-ils, aussi précis se veulent-ils, ces poèmes composent à la manière d’une suite de dialogues, un discours mouvant qui invite au don et contre-don, et à l’instar d’un rite de fécondité, appelle au renouveau des forces de vie. La métaphore végétale, loin de n’être qu’un ornement, décline l’essentiel du geste poétique qui se déploie alors : les corps souffrants sont en quelque sorte accueillis par l’accolade de celui qui les embrasse, le poète jardinier s’affairant à rendre leur verticalité à des corps affectés par la lassitude, l’angoisse, la peur ou encore la honte. Il y a là des mots comme portés par l’élan amoureux, transformant le besoin de consolation en un surcroît de vitalité. Sans doute, est-ce aussi le constat voulu par l’auteur : la parole poétique soigne tant qu’elle recouvre une attention avérée, toujours tendue vers autrui comme les plantes vers la lumière. Dès lors, « le mur imaginaire », aussi bien le mal-être, l’épuisement du malade, constituent le lieu même de l’abri où reprendre souffle.
Emmanuelle Rodrigues
Second souffle, d’Arthur Scanu
Bruno Doucey, 80 pages, 14 €
Poésie En quête de souffle
mars 2025 | Le Matricule des Anges n°261
| par
Emmanuelle Rodrigues
Inventive, la voix qui porte ici une réflexion sur la maladie, nous invite à y puiser une forme de plénitude.
Un livre
En quête de souffle
Par
Emmanuelle Rodrigues
Le Matricule des Anges n°261
, mars 2025.

