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Poches Ce qui tue le temps

avril 2025 | Le Matricule des Anges n°262 | par Jérôme Delclos

Le deuxième volet de la trilogie de Mick Hardin, le dur-à-cuire de Chris Offutt. Du speed sous les lenteurs dans le Kentucky.

Les Fils de Shifty

Dans les seventies à l’université de Missoula, le cours d’écriture du poète Richard Hugo a formé les Crumley, Welsh, Kittredge et Cie qui ont sorti le polar de la ville pour lui aérer les poumons dans le Montana. Le genre a fait école. Depuis trois décennies, Chris Offutt, lui, situe ses romans et nouvelles dans le Kentucky. Il y est né, s’en inspire de façon libre, témoin « le comté d’Eldridge » dans Les Fils de Shifty  : imaginaire comme le Yoknapatawpha de Faulkner, mais tout comme chez lui nourri de la familiarité de l’écrivain avec une contrée bien réelle, pour Offutt ses collines culminant autour de 1000 mètres d’altitude.
C’est un petit monde, tous s’y connaissent ou au moins se reconnaissent. Offutt excelle dans les ambiances, les paysages, les incises qui épinglent des façons de vivre et de faire qui ne sont pas si loin des nôtres dans le Jura, l’Aveyron ou la Creuse : on retape des bagnoles hors d’âge, on parle du temps, de bêtes sauvages, entre voisins on se rend des services ou bien on est brouillés. Le marché de la rencontre est réduit, et Mick Hardin, néo-divorcé, est vite dans le radar de Sandra, l’une des seules célibataires disponibles. D’autant que les distractions sont rares et que Rocksalt, 6000 âmes et « trois rues parallèles », est le royaume de l’ennui. Y compris pour Linda – shérif et sœur de Mick – et son adjoint « Johnny Boy » dont l’agenda est vide : « Certains jours passaient si lentement qu’il roulait des papiers en boule et les jetait exprès pour avoir à sortir les poubelles ». Mick, militaire bourlingueur, est quant à lui en « congé médical » à la suite d’une blessure par balle à la jambe. Il retrouve sa sœur, une coriace. Deux orphelins, ils étaient jeunes à la mort de leurs parents.
Du coup, Mick qui s’emmerde ferme va enquêter sur le meurtre de « Fuckin’ Barney », l’un des fils de la vieille Shifty. Barney était un dealer et l’on découvre que la paisible cambrousse a sa délinquance discrète – labos dans les bois, clans familiaux qui fabriquent et qui vendent de la « meth » et de « l’héro ». Le secteur est truffé de vétérans de guerre, chaque foyer est surarmé. Linda, en pleine campagne pour sa réélection de shérif, ne voit pas d’un bon œil que son frangin fouine partout pour la matriarche des Kissick. Mais, « loyauté des collines » oblige, difficile de dire non : la mémé est sortie avec feu leur père à une époque. Croyant d’abord à une affaire de drogue, Mick comprendra lors de la mort d’un second fils Kissick qu’autre chose est en jeu, bien plus gros et plus sensible pour le comté, ce qui le conduira à faire parler la poudre. Entre-temps, il aura avec Sandra avancé à deux à l’heure dans les travaux d’approche, pause-romance avant la baston.
Mais ce sont les détails de la vie dans les collines qui charment le plus. Ainsi quand le frère de Barney, Mason, rend visite à Mick : « Ils se jaugèrent comme font les hommes de la campagne en ville, tous deux mal à l’aise avec la situation, attendant que l’autre réagisse. Mason baissa le menton en guise de salut ». Ou quand Mick marche pour rééduquer sa jambe : « Sur la colline surplombant la rue, il voyait la brume des gainiers rouges et quelques cornouillers roses ».
Entre (également chez Gallmeister) Les Gens des collines et La Loi des collines où l’on retrouvera Mick Hardin en retraité, c’est le deuxième opus des aventures du dur-à-cuire prompt à la castagne mais timide en présence des dames, qui s’extasie au chant du merle et qui freine sec pour laisser un serpent traverser la route. Un type courtois comme on n’en voit pas en ville où il n’y a pas non plus de merles ni de serpents. C’est assez triste, quand on y pense.

Jérôme Delclos

Les Fils de Shifty, de Chris Offutt
Traduit de l’américain par Anatole
Pons-Reumaux, Gallmeister, « Totem », 264 pages, 10,50

Ce qui tue le temps Par Jérôme Delclos
Le Matricule des Anges n°262 , avril 2025.
LMDA papier n°262
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