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Poésie Poésie directe

avril 2025 | Le Matricule des Anges n°262 | par Guillaume Contré

Les nouveaux livres d’Arno Calleja et Jean-Daniel Botta confirment la vitalité des propositions des éditions Vanloo.

Le Blanc de l’œil

Le Chouchou de la planète

Deux recueils aux poétiques distinctes que rien ne semble rapprocher si ce n’est leur éditeur commun, Vanloo. Les trois poèmes narratifs qui composent Le Blanc de l’œil d’Arno Calleja, cristallins dans leur linéarité, paraissent se situer à l’opposé géographique de la poésie débordante de Jean-Daniel Botta, lui qui a trouvé la secrète fontaine d’où émanent les images intarissables du lyrisme originel, lorsque la première analogie est sortie, toute neuve, d’un regard tout neuf, ce qui donne aux poèmes rassemblés dans Le Chouchou de la planète un élan spontané auquel il est difficile de résister, le lecteur ayant la sensation que les vers s’écrivent sous ses yeux.
Avec ses compositions sans filets apparents, Botta donne à lire « dans une aura de première nécessité » des suggestions de contes étranges qui ne se referment jamais tout à fait sur leur sens et s’enfuient un peu plus loin d’un habile coup de queue pour mieux réinventer aussitôt « une sphère invisible au format du monde ». Des personnages-archétypes y circulent en se gardant bien de trop préciser leurs contours, histoire de ne pas s’épuiser dans une définition qui viendrait interrompre le tuilage incessant des images : « la petite Zollie », qui « s’adapte aux dimensions » et « grandit au cœur de l’herbe / là où la planète est née à l’état sauvage » ; « Adva la mariée » mordue par une vipère, elle qui était « prédestinée à un mode de vie / où les animaux suggèrent le réalisme » ; « l’enfant-sniper », qui « a fabriqué un silencieux / avec un bout d’intestin / du foin / et une canette de coca ». Tout cela dans une ambiance rurale, « dans des plaines rétro-éclairées par le colza », là où « la tendresse / est arrivée par photosynthèse », une ambiance de contes de fées sans contes ni fées, atemporelle et très contemporaine, où « certaines personnes méritent d’être mises en forêt » car « ce sera la suite la plus addictive de leur vie ».
Ce sont des tableaux peuplés, des Breughel aux mille détails, on y mène « la vie de tous les jours / dans les vides / laissés par la municipalité ». Mais on peut aussi, « pour (s)e changer les idées », aller faire un tour « à la grande ville », là où le métro « est très lumineux / avec beaucoup de vitres / pour contempler la mort des étourdis ». Attention, cependant, puisque « certaines personnes à la ville / tombent dans le désespoir / parce que le monde des prairies / ne veut rien lâcher ».
La poésie de Calleja, pour sa part, même si son rapport au langage paraît plus simple, comme si les mots n’avaient pas de double-fond et pouvaient dire ce qu’ils ont à dire en toute transparence, n’en partage pas moins avec celle de Botta une forme d’évidence, une manière qui écarte d’emblée l’artifice. La limpidité du style de Calleja, son minimalisme qui frôle par touches sensibles une émotion sans se laisser déborder, est l’autre plateau d’une balance où le lyrisme tous azimuts de Botta retrouve à chaque détour de page l’enfance de la poésie.
Trois poèmes interconnectés forment Le Blanc de l’œil, trois monologues dont la dramaturgie discrète n’est pas si éloignée du théâtre, tant ils semblent portés par une voix qui n’aurait aucun mal à s’incarner sur une scène. Dans ce livre de la parole, puisqu’il y est question, justement, de groupes de parole, ces réunions où les anonymes partagent – mutualisent, en quelque sorte – leurs souffrances, la mort occupe le centre. Et littéralement, puisque c’est elle qui s’exprime dans le deuxième poème, elle qui ne fait qu’« un simple travail », elle qui est « un principe », puisqu’il faut bien qu’« un début et une fin » délimitent les choses.
Alors que c’est maintenant son tour de parler dans un groupe impossible (car quel groupe de parole accueillerait celle qui est la raison même de l’existence de tant d’eux ?), la mort cherche non pas à se justifier, puisque son action est inexorable, mais à s’expliquer, se sentant à juste raison incomprise. Elle a de l’ardeur à la tâche, on ne saurait le lui reprocher : « Je suis tellement simple / jamais un jour d’absence / je ne tombe jamais malade / il faut dire que je ne fume pas ». Elle est « la maîtresse des mouvements nécessaires », « la grande orchestratrice de la fatalité » qui « travaille en bonne entente » avec le temps et avec l’art qui, dit-elle, « se sert beaucoup de moi ».
De part et d’autre de cette confession de la grande faucheuse, deux deuils : celui de Blandine, qui ne sait que faire des cendres de sa mère et celui de Jean qui fait face à « des évènements dérangeants » après la mort de Blandine, sa femme. Tout le monde a, semble-t-il, une histoire avec les cendres de leurs défunts, ainsi il en est un qui « les avait mangées / chaque matin / dans un yaourt ». Entre élégie et fantastique, Arno Calleja regarde la mort dans le blanc des yeux.

Guillaume Contré

Le Blanc de l’œil, d’Arno Calleja & Le Chouchou de la planète, de Jean-Daniel Botta, Vanloo, 144 p., 16 & 74 p., 14

Poésie directe Par Guillaume Contré
Le Matricule des Anges n°262 , avril 2025.
LMDA papier n°262
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