Remarqué avec son premier livre consacré au Tardigrade (L’Arbre vengeur, 2016), relatant les aventures de cet organisme si curieux et si résistant, Pierre Barrault poursuit son exploration des pans mal connus de notre monde par une immersion en zone urbaine régie par les morceaux de plastique à touches et écrans diversement câblés qui nous servent de jouets, ou de hochets, quotidiens. Dans Flouter les pigeons, minestrone de petits bouts de récits, deux personnages, Artalbur et Bolusion, dont les noms parlent à l’imagination de hard labour et de confusion, gyrovaguent dans la célèbre rue des Rigoles du XXe arrondissement de Paris si chère à feu Jacques Réda, ou bien à Malaga, et peut-être même ailleurs. Tantôt ils sont Tibétains, tantôt autre chose, visitent les taxidermistes, tombent malades et suspectent les policiers d’appartenir à la brigade de floutage…
« Je suis toujours à ta recherche. Ma chambre est un laboratoire plein de débris narratifs.
Je suis sans nouvelles de Bolusion. J’ignore toujours pourquoi ils ont flouté les pigeons.
Aujourd’hui un taxidermiste est venu me réimplanter mes dents de lait. »
Évoquant irrésistiblement mais avec beaucoup plus de fantaisie loufoque les menées internautiques et vidéoludiques de Dmitry Glukhovsky (Métro 2033, traduit du russe par Denis E. Savine, L’Atalante, 2010) ou d’Olivier Hodasava (Éclats d’Amérique. Chronique d’un voyage virtuel, Inculte, 2014), qui mettait en mots un jeu vidéo où se racontaient des voyages qu’il ne ferait pas en consultant des images de caméra sur internet, Flouter les pigeons appartient à cette nouvelle catégorie d’objets littéraires qui témoignent de ce que l’on ne sait pas quoi faire de « ça », que l’on peut nommer aussi le monde numérique… Artalbur et Bolusion seraient-ils les Bouvard et Pécuchet de notre temps ? Sans doute, même si le second porte des « chaussures monumentales » – à la manière du clown Grock. De quoi se demander si nous ne sommes pas nous-mêmes les clowns dans le paysage…
Éric Dussert
Flouter les pigeons, de Pierre Barrault
Quidam éditeur, 140 pages, 15 € (en librairie le 28/05)
Domaine français Flouter les pigeons
mai 2025 | Le Matricule des Anges n°263
| par
Éric Dussert
Un livre
Par
Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°263
, mai 2025.

