Pendant la guerre, je n’ai pas attrapé de poux et je n’ai pas couché avec un garçon. Ce sont les deux seules choses que j’ai réussi à éviter. » Ainsi parlait Simone, l’héroïne détonnante de L’Heure des garçons. Âgée de 10 ans en 1941, rêvant de devenir un garçon et commençant à désirer les filles, juive hollandaise contrainte de se séparer de sa famille pour errer d’un refuge à un autre, elle porte sur l’occupation allemande et les stratégies de survie des habitants un regard singulier qui justifie à lui seul la lecture de ce bref roman. Dans ce mélange d’aplomb naïf, d’extralucidité, de profond désarroi et de rage de vivre, on retrouve quelque chose du ton du Grand cahier, la trilogie à hauteur d’enfant de l’écrivaine Agota Kristof. On découvre surtout une voix traduite pour la première fois en français, celle d’Andreas Burnier (1931-1971), de son vrai nom Catharina Irma Dessaur, professeure de criminologie à la fin de sa vie, écrivaine, homosexuelle, au parcours aussi chaotique que celui de son personnage.
À leur collection de récits européens du XXe siècle, « Après la tempête », les éditions du Typhon ont eu la bonne idée d’ajouter cette Heure des garçons, publiée en néerlandais en 1969. En marge des territoires littéraires les plus connus de la Seconde Guerre mondiale, le récit de Burnier nous fait voyager à la fois dans l’espace (de la ville à la campagne, à travers les milieux sociaux qui accueillent Simone) et dans le temps, puisqu’il observe un principe saisissant de chronologie inversée, de 1945 à 1940. Contenue par ce choix narratif de « désescalade » et par une écriture concise et énergique, à mille lieues de tout pathos, l’émotion point mais peine parfois – seul regret – à advenir.
Chloé Brendlé
L’Heure des garçons, d’Andreas Burnier
Traduit du néerlandais et postfacé
par Mireille Cohendy, éditions du Typhon, 143 pages, 20 €
Domaine étranger L’Heure des garçons d’Andreas Burnier
mai 2025 | Le Matricule des Anges n°263
| par
Chloé Brendlé
L’Heure des garçons d’Andreas Burnier
Par
Chloé Brendlé
Le Matricule des Anges n°263
, mai 2025.
