Philippe Jaccottet, la transparence et l'obstacle
- Présentation De l’ouverture du champ au chant mineur
- Autre papier L’expérience poétique
- Entretien Toutes les fois de l’attention
- Autre papier Le brouillon général
- Autre papier « Ce très faible reste d’espoir »
- Autre papier « Un espace émané de ce monde et pourtant plus intime »
- Autre papier Le jardin
- Autre papier Se repromener sous les arbres
- Autre papier Feuilles volantes
- Bibliographie Bibliographie (choix)
Auteur de Au cœur des apparences. Peinture et poésie selon Philippe Jaccottet (La Transparence, 2012), Sébastien Labrusse, philosophe, a fait paraître l’an dernier un nouvel opus consacré à l’auteur de Cahier de verdure. Ce Vers Philippe Jaccottet (Arléa) y fait le récit du choc que furent pour lui les premiers livres du poète (il suit, alors étudiant, en 1991 les cours de poétique d’Yves Bonnefoy au Collège de France) ainsi que de leur rencontre à Grignan, début d’une correspondance. La lecture, dont le remarquable article « L’Épreuve de la joie » (Cahier Philippe Jaccottet N°14/2001) témoigne, crée les conditions d’un partage du sensible, dans lequel s’impose aussi une expérience de l’inexprimable. La tâche de la poésie, telle qu’elle se décide chez Jaccottet, cherche à faire céder le silence de ce qui est sans voix afin que la parole du poème soit le relais d’une relation aux choses, des plus proches aux plus humbles. Revenir à cet acte de nomination, jusqu’à son acmé, c’est s’approcher, avec parcimonie, de ce dehors comme versé « d’un ailleurs dans l’ici ». C’est que « toute poésie de cet ordre, toute musique, toute peinture,/convergent vers le dérobé et le sans nom » (La Seconde semaison, 1980-1994). Jusqu’à en porter l’énigme, la joie et peut-être la grâce en chacun.
Sébastien Labrusse, dans Vers Philippe Jaccottet, vous évoquez les circonstances qui vous ont amené à le rencontrer une première fois. Pourriez-vous nous les rappeler ?
Ma rencontre avec Philippe Jaccottet s’est faite tout simplement, ce qui témoigne du reste de sa générosité. Après avoir lu quelques-uns de ses livres, les premiers recueils, L’Ignorant, Airs, Leçons, les proses poétiques, Paysages avec figures absentes, À travers un verger, et le recueil publié en 1990, Cahier de verdure, je lui ai écrit pour lui dire tout ce que son écriture rejoignait en moi et il m’a répondu en m’invitant à venir le voir à Grignan.
Vous attendiez ou pensiez alors, vous le racontez, que le fait même de lire certains livres, et ici ceux de Philippe Jaccottet, puisse sauver de situations de déréliction ou de graves dépressions. C’est dans cette foi que vous logiez alors la puissance de la parole ?
Quand j’ai répondu à son invitation, je lui ai demandé si je pouvais venir accompagné, car j’étais ami avec Béatrice de Vaublanc, qui a publié ses poèmes et ses dessins sous le nom de Béatrice Douvre, et qui alors suivait, comme moi, les cours d’Yves Bonnefoy au Collège de France. À ce moment de sa vie douloureuse, en février 1991, sa maladie, l’anorexie mentale dont elle souffrait depuis l’adolescence, la tourmentait moins, et je pensais en effet que des poètes comme Yves Bonnefoy, Claude Vigée, qui avait écrit Les Artistes de la faim, et Philippe Jaccottet, ainsi que des peintres, comme Claude Garache, qui avaient fait preuve d’une grande attention pour sa personne autant que pour ses essais d’écriture et de peinture, pouvaient revivifier en elle le goût de...

