Philippe Jaccottet, la transparence et l'obstacle
- Présentation De l’ouverture du champ au chant mineur
- Autre papier L’expérience poétique
- Entretien Toutes les fois de l’attention
- Autre papier Le brouillon général
- Autre papier « Ce très faible reste d’espoir »
- Autre papier « Un espace émané de ce monde et pourtant plus intime »
- Autre papier Le jardin
- Autre papier Se repromener sous les arbres
- Autre papier Feuilles volantes
- Bibliographie Bibliographie (choix)
Poésie
« On peut nommer cela horreur, ordure/prononcer même les mots de l’ordure/déchiffrés dans le linge des bas-fonds :/à quelque singerie que se livre le poète,/cela n’entrera pas dans sa page d’écriture. » Leçons, 1969
« “Devant le dieu à la gueule de chien noir”/Beau titre, ai-je pensé/quand il m’est venu dans la nuit,/belle et noble image./Mais cette nuit je ne suis pas dans un musée,/le noir devant moi ne s’orne d’aucun or/et si j’affronte un chien, ce ne sera qu’un chien de ce monde,/prêt à mordre. » Et, néanmoins, 2001
« Abeilles, accourez broder de braise ces robes/ou ces paupières, ou ces lèvres, ou cou,//puis, moins brûlantes mais non moins dorées ;/éparpillez-vous sur toute la soie de la nuit ». Le Dernier Livre de Madrigaux, 2021
Essais
« Les poèmes tendent à soumettre une multiplicité de vocables précis, complexes, puissamment descriptifs, à une stricte ordonnance. On a l’impression d’un feu emprisonné dans une cage d’air, d’une force prête à exploser, jubilante ou tourmentée, quelquefois comprimé à l’excès ». « G. M. Hopkins ou le bon usage de la parole », in Une transaction secrète, 1987
« L’imbroglio des races et des sangs, les alliances incestueuses, l’obscure lourdeur de cette trame ne peuvent pas ne pas faire songer à Faulkner, et il n’est pas surprenant que le style même du grand écrivain, son mépris de la chronologie et ses longues phrases surchargées aient influencé si nettement un jeune auteur dont l’obsession était analogue : rechercher l’origine d’une race opprimée, remonter le cours du sang jusqu’à la source à travers ces terribles mélanges que suscitent les conquêtes et les occupations successives ». « Un grand écrivain algérien Kateb Yacine », 1956, in Écrits pour papier journal, 1994
Carnets
« Brûlant des ronces à la fin du jour, j’ai vu soudain approcher du brouillard, silence devenu visible, fumée humide et froide montée de l’eau plutôt que d’un feu, exhalaison de la terre détrempée, souffle tout à coup froid comme l’acier, menace peut-être, mais que j’aimais parce que réelle, parce que vivante, parce que “vraie” ; parce que tout valait mieux que des pensées et que la mort. »
Cahier de verdure, 1990
« J’ai revu la montagne comme une cape aux épaules de neige que je vêtirais volontiers aujourd’hui, comme si j’entrais dans son ordre. Celui d’une grande sérénité. Cette chose lourde, opaque, massive, dure, on dirait qu’elle ne pèse plus rien, pas plus d’une plume de harfang, qu’elle ne peut plus blesser ni écraser, qu’elle n’est que du ciel à peine épaissi ». Autres journées, 1987
« Je ne puis, au moment, si tardif, où je trace ces lignes déjà tremblantes, ne pas constater que je touche ici très exactement au centre de ce qui me fait écrire, et qui excuse, en tout cas explique et justifie toutes mes redites, depuis toujours, et presque. » La Clarté Notre-Dame, 2021
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