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Poésie Sens de Beck

mars 2002 | Le Matricule des Anges n°38 | par Emmanuel Laugier

Philippe Beck poursuit son travail de poète moraliste. Du sens s’ouvre, à tous les niveaux, à mesure qu’il déplace la langue de ses attendus. Un trajet à suivre.

Philippe Beck s’impose aujourd’hui comme une voix singulière dans la poésie contemporaine. Cependant, il n’est pas évident d’aborder ses livres, dont les titres, aussi désarçonnants qu’obscurs, tels que Garde-manche hypocrite (Fourbis, 1996), Chambre à roman fusible (Al Dante, 1997), Verre de l’époque Sur-Eddy (Al Dante, 1998), sont de véritables glissades de sens. Pas évident, en effet, de saisir la pente fusible d’une chambre, la pente hypocrite du garde-manche, quoique là on puisse imaginer le balai de mains obscures sous un vêtement se gardant de manches, la pente Sur-Eddy du verre de l’époque, à moins qu’Eddy ne soit chanteur d’une Sur époque toute en verre. Mais c’est aussi par ce type de questionnement que l’on aborde le travail de Beck. Comme si entre notre façon de nous débattre dans les voies touffues de cette écriture et celle que l’auteur cherche pour avancer dans son « propos », quelque chose était en train de se faire, de se régler, de se pacifier. Ce qui veut dire qu’entre nos bons efforts et celui du procès d’élucidation dans lequel l’auteur se trouve face à sa propre voix, il y a un lieu de convergence et de rapport possible. Ces rapports-là, nul doute que Beck les cherche en ses propres voies/voix. Sur deux plans. Le processus d’élucidation est en effet bien visible depuis ces derniers livres : citons Dernière mode familiale (Flammarion, 2000) et particulièrement Inciseiv (MeMo, 2001) où c’est tout le rapport de la poésie à la vertu, au coeur et à l’âme qui est tissé.
Le poète moraliste, le voilà qui sommeille, parce qu’au creux de toute véritable poétique se loge une éthique, un rapport à son temps et une critique des moeurs. Ainsi, faiseur de vers ou « versifaiseur. Où commence-t-il ? » demande Le Fermé de l’époque (Al Dante, 2000) ? Et l’auteur de répondre par « l’épaisseur/ et la force d’inépuisement » de la poésie, parce que « Inciseiv percute un monde en morceaux/ avant le règlement temporel ».
Les Poésies didactiques (superbement composées), qui paraissent aujourd’hui, se comprennent immédiatement dans cette ouverture, en se référant d’abord à Schiller : « On attend encore un poème didactique où la pensée elle-même serait et demeurerait poétique ». Mais aussi parce que tout le projet de ce livre semble tenir à une tension entre pensée et poétique, à ce qui, entre l’une et l’autre, doit se réduire au maximum, quitte à ce que le poème prenne en charge ce qui ne peut plus alors se penser, comme toutes ces arêtes du monde, plaques de mazout de l’Erika, vitesse de l’information, connexions multiples des concepts, etc. Parmi les 70 poèmes, Rilke (1) et son passage sur les enfers, le long Lire (6), véritable réflexion autour du liseur, ou encore l’ironie légère de L’Artiste en veut (12), forment une sorte de lent ressassement à la narration heurtée (tiret, décroché des parenthèses, italique, etc.), une vitesse paradoxalement lente, mais sûre, façon tortue. Aux recensions, lui, est à la fois le strict opposé des Poésies didactiques et en même temps (c’est l’effet Beck tordu !) comme son alter ego. Aux recensions est un livre dont le programme consiste à répondre à une partie tout à fait conséquente, et non moins surprenante, de sa propre bibliothèque, comme répondre à Proust, Verlaine, Catulle, Blémont, Zola, Bloy, Gide, Toltoï, etc. Là encore, le poème devient un véhicule qui fabrique des rapports qui n’existaient pas, des rapports impensés. Ici, les écrivains en sont les visées premières. Façon de répondre, contre l’histrion, aux révérences culturelles, c’est-à-dire de faire face aux aînés. Beck le fait avec tout le sérieux et toute la désinvolture que l’on peut lui reconnaître. Façon de forger une pensée qui serait à elle-même une poétique. Et rien de moins.

Philippe Beck
Poésies didactiques
Théâtre typographique
222 pages, 19 (124,63 FF)
Aux recensions
Flammarion
281 pages, 21 (137,75 FF)

Sens de Beck Par Emmanuel Laugier
Le Matricule des Anges n°38 , mars 2002.