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Poches Le soleil de l’inceste

février 2004 | Le Matricule des Anges n°50 | par Didier Garcia

Un frère, une sœur, unis jusque dans la mort par la même passion amoureuse. Un récit émouvant et pudique de Claude Louis-Combet.

Blesse, ronce noire

Né en 1932, Claude Louis-Combet entra en littérature avec Infernaux Paluds (Flammarion), récit qu’il mit dix ans à rédiger et par lequel il acheva une première période consacrée à l’autobiographie narrative et réaliste. Dès le Marinus et Marina (1979, Flammarion), une seconde période s’ouvrait, riche désormais d’une trentaine d’ouvrages : le texte prenait soudain appui sur une légende et l’auteur prêtait ses propres fantasmes à des personnages dont il souhaitait raconter l’histoire (Lmda N°19). Blesse, ronce noire (paru initialement en 1995) répond au genre que l’auteur a baptisé « mythobiographie », à savoir de l’autobiographie se développant sur le territoire des mythes. Autobiographie pour le moins lointaine puisque ce récit présente les vingt dernières années de la vie de Georg Trakl, à qui Louis-Combet doit d’ailleurs son titre (il s’agit en effet des derniers mots que le poète autrichien fait prononcer à sa sœur Gretl dans le poème « Révélation et anéantissement » écrit vers 1914).
Au départ : l’automne 1897, et ce qui pourrait être la mise en récit d’une relation fraternelle le frère et la sœur sont alors âgés respectivement de 10 et 5 ans. Mais les premières pages à peine passées, le lecteur tombe sur une scène qui ne présage rien de bon : à l’aide d’un sabre, le garçon empale une poupée sous les yeux de sa sœur, dans un silence qui embarrasse par sa solennité religieuse. Huit ans plus tard, le frère s’est installé dans la capitale. La relation semble rompue, à tout le moins partiellement puisqu’ils s’écrivent : lui des lettres dans lesquelles il s’autorise à glisser quelques poèmes (son génie ne commence qu’à s’exprimer), elle des lettres qu’elle garde pour elle, comme elle le ferait d’un journal intime, et dans lesquelles elle lui parle des métamorphoses de son corps. Bien qu’âgée seulement de 13 ans, elle y évoque aussi l’amour qui la ronge. Un amour fort peu licite : « Frère bien-aimé, je sais que je n’aurai pas d’autre amant que toi et je crois que, même si tu as à toi toutes les femmes, tu n’auras pas d’autre amante que moi ».
Blesse, ronce noire s’installe ainsi dans le désir de la relation incestueuse, dont le lecteur suit tour à tour l’éclosion et l’expression. Car il s’agit d’abord de mots, avec ce qu’ils portent à la fois de simplicité, d’obscurité et de maladresse. Malgré les tâtonnements de la langue (quels sont les mots pour dire ce feu qui pousse une sœur vers son frère ?), l’événement se prépare. Entre des études de chimie et des errances dans les maisons closes, le garçon laisse à sa sœur le temps de se construire, devenir cette perfection sacrée à laquelle il rêve de s’unir. Au plus fort de l’été 1907, leurs corps se découvrent enfin, dans des phrases pleines de pudeur qui suggèrent davantage qu’elles ne disent, et qui laissent le récit s’approcher de l’intimité sans jamais la nommer. À la fin du chapitre 4, le péché par excellence a trouvé à s’accomplir : « Les mains découvraient le corps dans ses retraits. Les langues passaient à leur tour où les doigts avaient œuvré ».
Au moment où la guerre se prépare (printemps 1913), le récit se tourne brusquement du côté du poète, dont il narre la déchéance, l’enfermement dans les drogues, un poète soudain contraint, à seule fin de survivre, de vendre la plupart de ses livres, « qui faisaient partie de lui-même, qui lui avaient montré la voie ». On pourrait alors croire qu’il en est fini de leur histoire et que l’essentiel a été dit. Il n’en est rien. C’est qu’ils souhaitent pouvoir mêler tous leurs mots en une seule matière, mettre leurs deux vies en commun, nonobstant leur séparation. Il la convainc de se droguer avec lui, et avant qu’il ne la pousse à épouser un homme près duquel elle se laissera mourir, préférant partager avec son frère, à distance (devenue celle de la guerre), le délabrement physique et la souffrance morale, elle accouche d’un enfant mort, ce soleil noir fruit de leur liaison incestueuse.
Alors que la guerre ensanglante l’Europe, le poète entrevoit un ultime salut : mourir avec sa sœur, sceller leur amour dans une seule et même mort, loin de tout regard, dans le creux de quelque montagne. Mais lui qui a toujours rêvé au lieu que de vivre, toujours écrit des poèmes au lieu que d’agir, c’est seul qu’il meurt, d’une mort que certains attribuent à la drogue, d’autres au suicide, mais auquel sa sœur refuse de croire jusqu’à ce qu’elle le rejoigne dans l’au-delà en se laissant tomber d’une fenêtre, face à un ciel où elle a cru entrevoir Dieu.
Au-delà de l’histoire, qui émeut par son intensité aussi bien que par les destins qu’elle évoque, chaque phrase de Louis-Combet séduit d’abord par la langue qui la travaille, une langue exigeante, soyeuse, réglée au millimètre près (on aimerait parfois qu’elle s’autorise des excès, quelques brèves extravagances). Une langue radicalement classique, à laquelle on reprocherait quand même son usage abusif de l’épithète, mais capable de mettre en mots l’opacité du désir et de dépouiller l’inceste de tout caractère monstrueux. Ce qui n’est pas rien.

Blesse, ronce noire
Claude Louis-Combet
José Corti
128 pages, 8

* La revue Nu(e) consacre son N°27 à Claude Louis-Combet, avec des illustrations de Henri Maccheroni (158 p., 20 29, avenue Primerose 06000 Nice)

Le soleil de l’inceste Par Didier Garcia
Le Matricule des Anges n°50 , février 2004.
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