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Dossier La littérature nous sauvera
Le Traître d’André Gorz par Blandine Rinkel

février 2019 | Le Matricule des Anges n°200

La littérature nous sauvera

Comme tous les livres importants de ma vie, j’ai découvert Le Traître d’André Gorz de manière aléatoire et magique. J’étais subitement partie vivre à Londres, cette année-là, et je passais mes journées à essayer de me prouver à moi-même que j’avais quelque chose à faire dans cette ville, étrangère à tout ce que j’étais. Le jour, je marchais, travaillais, traînais dans les bibliothèques ; la nuit, je lisais. Au hasard d’une échoppe bilingue, j’avais trouvé ce livre, Le Traître dont le titre me semblait l’indice d’une énigme. Le soir, j’en avais ouvert la première page et ne l’avais plus lâché.
D’abord parce que le livre est écrit à la seconde personne du singulier : on me disait tu. Dans l’indifférence de la ville, enfin quelqu’un me parlait. Et ne me parlait pas de n’importe quoi : ce narrateur racontait mon exacte situation à moi, celle d’un manque d’adhésion à sa propre réalité. Celle d’une distance vis-à-vis de sa propre vie. À cette période-là de ma vie, ça avait un écho tout particulier : j’habitais une ville nouvelle avec un sentiment d’imposture. Comme si j’essayais de disparaître. Dans le texte, André Gorz, aussi, semblait se vouloir spectre. Se comportant comme s’il ne vivait pas tout à fait une vie qu’il vivait pourtant, comme s’il se convainquait que la vie était ailleurs – combien sommes-nous à éprouver ça ?
« Nous sommes tous des traîtres en puissance : chacun de nous, petits-bourgeois, trahit cette société dans ses rêves, méprise ses semblables, récuse, dans une part nocturne de lui-même, sa réalité du grand jour. Qu’est-ce qui nous est proposé ? Une vie besogneuse étroitement spécialisée au sein d’une entreprise qui nous dépasse et qui s’ignore elle-même ; une vie de fourmi à jamais incapable de se reconnaître dans la figure du monde qu’elle contribue à produire. Nous sommes des hommes privés : privés du sens humain de notre travail spécialisé, privé d’universalité en tant qu’individus travaillant ; rouages d’un mécanisme social inhumain qui, résultante mécanique de nos efforts, pervertit nos intentions et nous annule dans le moment où nous le produisons. Notre besoin d’humanité cherche un refuge, pour s’assouvir dans la vie privée, dans les rencontres et parleries nocturnes, petites orgies de discussions vaines et de rêves par lesquels nous détruisons cette Société et la réalité inacceptable qu’elle nous confère. »
Aujourd’hui, on connaît surtout André Gorz pour ses écrits politiques et écologiques. Dès 1975, il fut un défricheur sur ce terrain, lui qui, d’essai en essai, imagina les métamorphoses du travail et défendit notamment – bien précurseur – le revenu universel. Misères du présent, richesse du possible, Adieux au prolétariat, les titres de ses livres résonnent plus que jamais avec les colères et les luttes contemporaines. Et on le sait. Ce qu’on sait moins, c’est qu’avant de parler et de nous aider à le faire, André Gorz s’est longtemps tu. Le mode de vie aphasique et insensé qu’il a combattu en...

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