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Corpus Auteurs

Gros plan

  • Peut-on naître à 5 ans ? Jeanne Benameur écrit dans Ça t’apprendra à vivre, que c’est à cet âge-là qu’elle a « appris à mourir ». C’était en 1958 et la mort portait alors, en Algérie où est née la romancière, l’uniforme des bérets noirs ou se fondait dans l’ombre du FNL. Cette découverte de la mort inaugure Ça t’apprendra à vivre, l’un de ses romans les plus réussis. Le livre s’ouvre avec la scène de « l’attaque ». Jeanne Benameur n’a pas 6ans, la prison où elle vit, cette nuit-là, est attaquée par des bérets noirs qui veulent « faire la peau à l’Arabe », son père. Scène primitive qui pourrait à elle seule expliquer la (...)

    Jeanne Benameur

  • En proposant une nouvelle traduction de son premier livre, les éditions de La Table ronde affirment leur fidélité à l’écrivain Eduardo Halfon, une des plus grandes révélations de ces quinze dernières années. Eduardo Halfon est né au moins deux fois (et mort une fois pour le moment). Nous l’avions rencontré en 2011, invité par la Maison des écrivains étrangers et des traducteurs de Saint-Nazaire au moment de la parution de Saturne à la MEET, dans une traduction de Françoise Garnier. Ou peut-être croyons-nous l’avoir rencontré au festival que la MEET organise chaque automne au sein de la base sous-marine de (...)

    Eduardo Halfon

  • Turin, années 1920. « Enfant, j’hébergeais en imagination des populations entières, qui grouillaient comme une armée de fourmis dans mes heures de solitude. C’étaient un peu mes sujets, un peu les complices de mes conjurations politiques, un peu mes persécuteurs taquins et sournois. » Abruzzes, 1941. « Pizzoli était un lieu d’assignation à résidence et j’y arrivai lorsque l’Italie entra en guerre. (…) Le cri aigu qui incitait les ânes retentissait sans cesse sur ces sentiers caillouteux ; c’était un cri guttural et rauque, et je me demandais comment j’avais fait pour vivre tant d’années sans savoir que ce (...)

    Natalia Ginzburg

  • La silhouette est svelte, presque juvénile, le visage a gardé les traits de l’adolescence qu’éclaire un regard vif. On s’étonne que l’homme ressemble à ce point à ses livres. Depuis vingt ans, Sylvain Prudhomme façonne une œuvre vive, aiguisée à tous les désirs : le désir amoureux, celui aussi de la rencontre avec l’autre, la nature, l’Histoire. Le désir de comprendre le monde. Comme si écrire était une manière d’aiguillonner les promesses de l’enfance, ces serments qu’on se fait quand le monde dort et que l’on veille dans l’incandescence d’un sang qui bat trop vite. Depuis quelques années, l’Arlésien (...)

    Sylvain Prudhomme

  • Au nom de Philippe Jaccottet certains associent immédiatement l’image d’un poète de la simple transparence, ou de la transparente simplicité. Si ce n’est pas tout à fait faux, c’est évidemment réducteur. Car « l’évidence du simple », comme Jean-Claude Mathieu l’a montré dans sa somme (Corti, 2003) sur l’auteur de L’Effraie (1953), s’éclaire toujours, en un paradoxe saisissant, de « l’éclat de l’obscur ». De la forme de ce chiasme il y a assez, et bien d’avantage encore, pour s’introduire dans l’histoire généalogique de l’écriture de Philippe Jaccottet, dans son « inclination formative », pour reprendre une (...)

    Philippe Jaccottet

Notre sélection

Domaine français Raphaël Meltz

Après Editions Tripode
2025
Raphaël Meltz manie les contraires avec finesse et pudeur. Sur le fil du rasoir, il parle d’amour et de tristesse.  Comment dire tout le bien qu’on pense d’un roman sans dévoiler un épisode crucial qui se déroule tout au début ? À Marseille, Lucas est un homme amoureux de sa femme, Roxane, qui est pianiste. Ils ont une fille lycéenne, un fils plus jeune. Lucas aime faire du vélo pendant son temps libre. Il possède un vélo en carbone, c’est Roxane qui le lui a offert. Un engin de course, qu’il réserve à ses...
Anne Kiesel
janvier 2025
Le Matricule des Anges n°259

Domaine étranger Clarice Lispector

Água Viva Editions Des femmes
2024
La parole d’une femme emportant tout sur son passage. Réédition d’un texte bouleversant de Clarice Lispector. Morceau d’éternité, sans commencement ni fin, l’un des derniers romans de Clarice Lispector est un monologue ininterrompu, un recommencement, une eau vive et agitée, aussi continue que la vie et la mort. Un pur mouvement de la parole, « bien derrière la pensée ». C’est pour celle ou celui qui y plonge une expérience-limite, une lecture parfois douloureuse car une fois prise dans cette eau...
Flora Moricet
janvier 2025
Le Matricule des Anges n°259

Poésie Benjamin Fondane

Le Mal des fantômes Editions Verdier
2025
Entre psaumes et épopée, et en un expressionnisme violent et particulièrement amer, les poèmes de Benjamin Fondane témoignent de la condition misérable de l’émigrant. Pathétique traversée du monde que la vie de celui qui naquit sous le nom de Benjamin Wechsler en 1898, en Roumanie, devint Benjamin Fondane quand il s’installa en France, en 1923, par amour de la littérature française, et mourut assassiné dans la chambre à gaz du camp d’Auschwitz-Birkenau en octobre 1944. Essayiste, dramaturge, cinéaste, il est d’abord l’un des grands poètes que la Roumanie a...
Richard Blin
mai 2025
Le Matricule des Anges n°263

Théâtre Guillaume Poix

Léviathan (matériau) Editions Théâtrales
2024
Avec Léviathan (matériau), Guillaume Poix nous confronte aux dysfonctionnements de la justice en France. À l’origine, le Léviathan est un monstre colossal responsable du chaos primitif. Puis le philosophe Thomas Hobbes fait du Léviathan le symbole de la pensée politique de l’État. Selon lui, l’homme est un loup pour l’homme, il faut donc un pacte social pour éviter, par exemple, qu’il ne se fasse justice lui-même. La pièce de Guillaume Poix, Léviathan (matériau), est une invitation à réfléchir...
Laurence Cazaux
janvier 2025
Le Matricule des Anges n°259

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