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Gros plan

  • Il y a ceci dans la postface que Michel Surya a signée dans la première édition d’Exit (Séguier), vif récit pornographique écrit en 1982 et publié en 1988 : « ce qu’il y a six ans, je pouvais encore écrire, je ne suis plus sûr que je le puisse aujourd’hui. Bien sûr, je le peux : mais au prix peut-être que j’effraie. La vérité oblige à dire que je crains d’effrayer à proportion de ce que moi-même parfois je le suis. » On pourrait y voir une coquetterie (la peur d’effrayer) quand c’est un aveu qu’il faut entendre (celui de l’effroi et d’en être saisi par nature, le « parfois » étant ici un euphémisme). Cet effroi, (...)

    Michel Surya

  • Elle intrigue, elle fascine, elle inspire, Emily Dickinson. Jerome Charyn la réinvente en lui donnant une voix dans La Vie secrète d’Emily Dickinson (Rivages, 2013), Christian Bobin rêve autour de sa biographie dans La Dame blanche (Gallimard, 2007) ; Dominique Fortier, dans Les Villes de papier (Grasset, 2020), imagine sa vie intérieure tout en tissant une intéressante réflexion sur le pouvoir de la création et les lieux que nous habitons ; Susan Howe, dans Mon Emily Dickinson, la resitue dans le contexte littéraire, intellectuel et historique qui fut le sien pour mieux montrer combien elle est (...)

    Emily Dickinson

  • Si Le Visage tout bleu débute avec le récit de la naissance difficile de son auteur, c’est sans exhibitionnisme que Patrice Robin l’a écrit. Bien au contraire. « Naissance » pose ainsi le lieu d’où l’écrivain nous parle. Venu le cou étranglé par le cordon ombilical, l’enfant survivra grâce à l’oxygène de la forge de son oncle. On naît parfois le visage d’un bleu provoqué par l’asphyxie et cela laisse une trace, comme un sceau : celui des gens trop modestes pour s’imaginer aller en clinique ou à l’hôpital. Des visages bleus, on en trouve dans le dernier texte du livre : il s’agit de personnages qu’on pouvait (...)

    Patrice Robin

  • Quoiqu’il puisse être considéré comme un grand écrivain français du siècle dernier, au même titre qu’Henri Calet, Paul Gadenne reste traité comme s’il n’était qu’un petit-maître, à l’image de ces peintres de l’âge classique, talentueux mais sans aucun succès de cours. Gadenne, qui participait à la course aux prix de l’automne 1941 pour son roman Siloé – « Un premier livre qui est un grand livre » (Aujourd’hui, 20 août 1941) – aux côtés de Raymond Guérin, « actuellement prisonnier », de Georges Magnane ou de Pierre Béarn, et n’obtenant ni le Femina, ni le Goncourt, ni le Prix des critiques, ne suscita finalement (...)

    Paul Gadenne

  • C’est la voix d’un gamin solitaire qu’on entend. Adossé à un mur auquel il parle, n’ayant qu’aux pierres auxquelles pouvoir parler, il rassemble les images de sa rencontre avec Yan, arrivé dans sa vie quand son père à lui venait de la quitter. Yan, jardinier et maçon, figure des bistrots de cette campagne où l’on distingue mal ce qui différencie les hommes des bêtes, auquel l’enfant voue un amour que seuls les chiens parfois ont pour leur maître. Cet amour surprend par son intensité, mais bien vite, entrant dans la langue du narrateur, on saisit combien celui qui parle est aux prises avec une (...)

    Pascal Commère

Notre sélection

Domaine français Laure Gouraige

La Fille du père Editions POL
2020
Premier roman émouvant d’une trentenaire qui dit l’emprise d’un amour paternel et les moyens par lesquels la jeune femme s’en émancipe. Tu laisses quelqu’un nager en toi, aménager en toi, faire du plâtre en toi et tu veux encore être toi-même ! » Si l’aphorisme de Michaux dans Poteaux d’angle décrit avec justesse ce qu’on nomme une relation d’aliénation, il peut soudain être délicat de trouver la bonne distance entre soi et l’autre lorsqu’il s’agit du père. C’est pourtant le défi que relève Laure Gouraige dans son roman. Sa...
Christine Plantec
octobre 2020
Le Matricule des Anges n°217

Domaine étranger Hiroki Takahashi

Okuribi : Renvoyer les morts Editions Belfond
2020
De 1928 ou d’aujourd’hui, les romanciers Kobayashi et Takahashi déploient l’éventail des violences. Si l’on ne s’abuse, en japonais violence se dit « bōryoku ». Les habitants de l’archipel n’ont jamais pris de pincettes avec ce fait naturel et anthropologique. On sait avec quelle rigueur se polissait un acier de sabre, combien il était honorable de s’ouvrir le ventre et comment le guerrier est louable s’il succombe en emportant l’ennemi au royaume des ombres. De la violence...
Éric Dussert
octobre 2020
Le Matricule des Anges n°217

Poésie Pascal Commère

Des laines qui éclairent (anthologie 1978-2009) Editions Obsidiane/Le Temps qu'il fait
2012
En mêlant les hommes, les mots et la ruralité en une même matière, les poèmes de Pascal Commère leur restituent présence vive et aura. C’est toujours sa propre histoire qui fournit au poète sa matière et sa manière. Appelé professionnellement à partager les soucis administratifs de ceux qui vivent de la terre, et donc à arpenter quasi quotidiennement les routes et les chemins de sa campagne natale – il est né en 1951, dans un bourg de Côte-d’Or –, Pascal Commère conçoit ses poèmes comme des « relevés de campagne »,...
Richard Blin
janvier 2013
Le Matricule des Anges n°139

Théâtre Matéi Visniec

Lettres d’amour à une princesse chinoise - Et autres pièces courtes Editions Actes Sud / Papiers
2012
Intimiste et discrètement loufoque, le théâtre de Matei Vişniec joue à se faire risible pour mieux poser ses questions délicates. Auprès de l’empereur de Chine, deux entreprises d’ornementation florale rivalisent de phraséologie pour convaincre le Grand Ordonnateur du mariage de la princesse de les prendre pour décorateurs attitrés. Les positions s’affrontent, sous couvert de burlesque : idéalisme floral contre matérialisme ornemental, cosmopolitisme contre nationalisme botanique, tradition horticole et techniques...
Etienne Leterrier-Grimal
janvier 2013
Le Matricule des Anges n°139

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